Dimanche 9 novembre 2003 - Dédicace de la basilique du Latran

Fallait-il reconstruire le Temple ?

Ezéchiel 47,1-2.8-9.12 ; 1 Corinthiens 3,9-11.16-17 ; Jean 2,13-22
dimanche 9 novembre 2003.
 

Fallait-il reconstruire le Temple ?

Par exemple, faut-il reconstruire les Bouddhas de Bâmyân, vous savez, ces statues géantes détruites par les Talibans en Afghanistan ? Cet acte avait soulevé la réprobation générale, mais, pour autant, bien peu d’experts aujourd’hui sont d’avis d’entreprendre une reconstitution coûteuse qui risque de n’aboutir qu’à la copie incertaine d’un original disparu.

Et pour le Temple de Jérusalem dont parle Jésus dans l’évangile, qu’en est-il ? Il s’agit, à l’origine, du temple construit plus de neuf siècles avant notre ère par Salomon, fils de David, pour devenir le lieu unique du culte du Seigneur, Dieu d’Israël. Cet édifice fut détruit en 587 avant Jésus Christ par Nabuchodonosor, qui déporta les juifs à Babylone. Environ cinquante ans plus tard, au retour d’exil, il fut aussitôt question de reconstruire le Temple. Le Seigneur promit même, par la bouche du prophète Aggée : "La splendeur dernière de cette Maison surpassera sa splendeur première."

En fait, la reconstruction ne fut qu’une histoire pénible et contrariée de près de six siècles, qui semblait enfin devoir aboutir à l’époque du Seigneur : encore avait-il fallu qu’un roi impie, Hérode le Grand (celui qui fit tuer les saints innocents dans l’espoir de supprimer le Messie), y place une partie de son orgueil. Or, ce Temple, à peine achevé et enfin magnifique, fut brûlé et rasé par Titus en 70 de notre ère.

Pourquoi donc la reconstruction du Temple, voulue et appuyée par Dieu, s’est-elle avérée pratiquement impossible ? Pour le motif même qui valut sa destruction : le péché du peuple, et particulièrement celui de ses chefs. Le "trafic" que dénonce Jésus en chassant les vendeurs et les changeurs du Temple n’est pas tant le commerce d’animaux ou de monnaie locale que le sort réservé à la parole de Dieu, tordue, dépecée, vendue, changée et finalement annihilée par ceux-là mêmes qui avaient en charge son annonce et son interprétation.

En bref, c’est l’infidélité de son peuple devenue irrémédiable qui amena le Seigneur Dieu d’Israël, en -587, à abandonner son Temple avant de le livrer aux mains des païens, selon le témoignage du prophète Ézéchiel témoin en vision du départ de "La Gloire" vers l’Orient, c’est-à-dire sur le chemin même de l’exil des fils d’Israël. Et c’est l’échec répété du "retour" de l’exil, c’est-à-dire, plus encore que de réinstallation des exilés sur la Terre d’Israël, du repentir et de la conversion de tout le peuple, qui se traduit par l’échec de la reconstruction du Temple.

On appelle parfois l’ébauche de cette reconstruction "le second Temple". Mais, en réalité, il ne s’agit que de la tentative de relèvement du premier Temple. Le véritable "second Temple", c’est le corps du Christ Jésus, qui sera lui aussi "abandonné par Dieu" et "livré aux mains des hommes", à cause de leur péché. Voilà ce que signifie et prophétise le geste de Jésus "purifiant" le Temple de Jérusalem.

Ce que le premier Temple n’a pu réussir, à savoir sanctifier le peuple du Dieu pour le plus grand bien de toute l’humanité et de toute la création, le second Temple, lui qui "n’est pas fait de main d’homme", lui qui, venant après, était avant le commencement, l’accomplit : son sort est le même, mais le résultat est différent. Car le Fils de l’homme livré aux mains des pécheurs donne ainsi sa vie librement et, parce qu’il est Fils de Dieu, son sacrifice obtient le pardon des péchés. C’est pourquoi "il a été relevé en trois jours", car Dieu l’a ressuscité. Il est le Temple véritable, le Temple nouveau et éternel de la nouvelle Alliance : de son côté droit ouvert sur la croix coule le fleuve de la grâce, pour Israël et pour toutes les nations

Mais la grâce ne peut-elle plus être mise en échec comme elle le fut au temps du premier Temple ? Hélas si, bien sûr, nous pouvons contrister l’Esprit Saint par notre péché. C’est pourquoi Jésus lui-même, le Seigneur ressuscité, nous exhorte aujourd’hui à nous purifier, à nous repentir et à nous convertir, à revenir de tout notre cœur à lui dans la fidélité à notre vocation sainte.

L’Église que nous formons par la grâce de Dieu est le corps du Christ, le second Temple en cours de construction : à nous de nous laisser tailler, polir, former et assembler comme les pierres vivantes de l’édifice que Dieu construit. Elle est capitale et essentielle, notre unité concrète et visible de sainte Église catholique et apostolique, à laquelle préside l’Église de Rome, dont nous célébrons la dédicace de la cathédrale aujourd’hui.

Réjouissons-nous et participons de tout notre cœur à l’œuvre du Seigneur : par nos mains et en nos vies il construit son propre Temple !