Dimanche 9 novembre 1997 - Dédicace de la basilique du Latran

Un bébé qui tête le sein de sa mère, c’est émouvant

Ezéchiel 47,1-2.8-9.12 ; 1 Corinthiens 3,9-11.16-17 ; Jean 2,13-22
dimanche 9 novembre 1997.
 

tout en recevant avidement ce qui le nourrit, il se presse comme s’il voulait rentrer en celle qui est pour lui la source de la vie. Pourtant, la nourriture qu’il reçoit est pour qu’il vive sa propre vie.

Tout ce que les parents donne aux enfants est pour qu’ils vivent ; et tout ce qu’ils leur donnent les attache à eux, dont ils reçoivent la vie. Les enfants sont toujours attirés par ceux qui leur apportent la vie, une vie qui les porte pourtant à partir loin d’eux.

L’éducation est un art subtil, et toujours un sacrifice pour les parents. Il en est comme d’une rivière fraîche et pétillante où l’on se plaît à nager, partagé entre l’envie de remonter le courant et le désir de se laisser porter ; sans compter, parfois, la peur de couler.

Voyez le Temple que voit venir le prophète Ezéchiel : de son côté jaillit une eau qui, coulant d’abord comme un filet, devient cette rivière où l’on peut se laisser porter, avoir peur de couler et connaître le désir de remonter le courant. Ce Temple, c’est le Christ, qui sur la croix a laissé couler de son côté du sang et de l’eau. Le Temple, c’est le Christ crucifié.

Et voilà Jésus chassant violemment les vendeurs du temple. Mais ils n’y sont pour rien, les pauvres ! Ils étaient nécessaires au fonctionnement de l’endroit, et ne faisaient rien de mal en soi. Jésus pourtant les chasse avec un fouet. En effet, c’est le signe que Dieu intervient à bras fort pour la purification de son peuple, pour l’accomplissement de l’Alliance dans la justice. Les pharisiens n’y ont rien compris qui demandent un signe, alors que le signe est là, justement.

Comme nous, les hommes de ce temps ont été "jetés là", plongés dans le bain de la vie, sans avoir rien demandé. Comme aux hommes de tous les temps, il leur est donné de voir l’oeuvre de Dieu, selon les temps et les moments qu’il a choisis, dans sa liberté souveraine. Et il leur est seulement demandé de reconnaître ce qui advient.

Jésus annonce : Dieu vient ! Et cela change tout. L’eau qui jaillit de la croix est la grâce de Dieu dont nous devons nous laisser submerger jusqu’à perdre pied : quelle folie que de prétendre mettre la Révélation du Dieu Vivant dans nos petits récipients conceptuels et la soumettre à nos petites preuves humaines !

La grâce de Dieu nous porte à la vie, et pourtant nous avons peur de perdre pied, de couler en elle. La grâce de Dieu, aussi, nous attire vers sa source, et nous devons nous laisser attirer. Mais nous en avons peur, car la source est la croix.

Voilà tout le mystère de l’Eglise : nous devons nous laisser attirer jusqu’à passer par la source étroite qui est la croix jusqu’à devenir ensemble le corps du Christ, source de la grâce de Dieu pour le monde. Toute la gloire de l’Eglise est dans la vie magnifique que, par elle, Dieu donne au monde. La rivière dont la source est le côté du Christ irrigue merveilleusement le désert du monde, désert d’amour, guérissant sa stérilité et ranimant sa désolation. Le côté du Christ, c’est l’Eglise, comme Eve fut tirée du côté d’Adam. Et l’Eglise, c’est nous si seulement nous sommes reconnaissants de la vie divine reçue d’elle au baptême jusqu’à passer la porte étroite de l’origine de cette vie et nous laisser ainsi configurer au Christ et incorporer à lui. Nous n’y sommes pour rien : c’est la grâce de Dieu, c’est notre vocation et c’est notre vie.