Dimanche 16 novembre 1997 - Trente-troisième Dimanche

Pathétiques photos de coucher de soleil.

Daniel 12,1-3 ; Hébreux 10,11-14.18 ; Marc 13,24-32
dimanche 16 novembre 1997.
 

C’est bien connu, elles ne donnent rien. Pourquoi ? Parce que ce qui est fort, dans un coucher de soleil, c’est que le soleil se couche.

Vivre un coucher de soleil, c’est retrouver la vieille peur de nos lointains ancêtres : le jour s’en va et la nuit vient, avec ses dangers invisibles. Avec ce doute terrible, surtout : y aura-t-il un lendemain ? Si la lumière est si belle, ce soir, n’est-ce pas parce qu’elle brille pour la dernière fois ? La nuit qui vient chaque jour a pour nous un peu la couleur de la mort. Lorsque le soleil s’obscurcira et que, de surcroît, la lune ne donnera pas son éclat, quand viendra l’extrême obscurité d’une nuit privée d’étoiles, le ciel restera-t-il pour moi noir et vide, ou bien, sur ces ténèbres quelqu’un apparaîtra-t-il ?

Est-ce que lorsque les lumières du monde s’y éteignent se dessine dans notre ciel la figure du Fils de l’homme, comme la promesse d’un autre jour au bord de la nuit la plus noire, d’un jour qui ne connaît pas de déclin ? Car l’obscurcissement du soleil de la vie et l’ensevelissement dans les ténèbres de la mort, le Christ les a connus. C’était pour que notre nuit soit la sienne, afin que son jour soit le nôtre. L’homme ne sait pas en naissant aimer vivre un coucher de soleil. Cela s’apprend. Apprendre à vivre, n’est-ce pas justement apprendre à mourir ?

La messe, c’est beau comme un coucher de soleil. Vous ne pouvez pas la vivre si vous ne l’avez pas appris. La messe est le sacrifice du Christ qui a connu notre mort pour que nous connaissions sa vie. Vous dites : "C’est dur." Mais comment n’y aurait-il pas de détresse ? Pourquoi Jésus serait-il mort, s’il n’y avait votre détresse ? Alors quand le monde se fait crépusculaire pour vous, rappelez-vous sa parole et voyez dans l’épreuve le commencement de son accomplissement.

Ainsi vous connaîtrez, dans la douleur même, la douceur. Comme les branches du figuier s’attendrissent pour donner les feuilles puis le fruit, comme le Fils de l’homme envoie ses anges de consolation et prépare pour ses amis la couronne. Cette Heure unique, la vivrez-vous ? C’est maintenant que cela se joue : préparez-vous ! Ne soyez pas à la messe comme ceux qui regardent avec ennui les photos d’un coucher de soleil qu’ils n’ont pas vécu.

Pour vivre la messe, restez éveillés et attentifs à la présence de Dieu. Cela seul est nécessaire. Priez pour que Dieu vous fasse connaître le don de son Fils, le passage pathétique et glorieux de la vie éternelle. Alors vous n’aurez plus à craindre la nuit sans fin, car vous connaîtrez le Jour.