Université de quartier

La spécificité chrétienne

Jeudi 14 mai 1998
1998.
 

Poser la question de la spécificité chrétienne, c’est supposer l’idée commune selon laquelle il y aurait des religions, supposer qu’on pourrait définir un genre "religion" dont le christianisme serait une espèce.

Cette idée commune est souvent assortie d’une réflexion dubitative : le fait qu’il y ait plusieurs religions serait déjà une raison de douter de toutes. Les chrétiens disent qu’ils sont témoins de la vérité. Mais chaque religion ne dit-elle pas la même chose d’elle-même ? Voilà bien qui jette le discrédit sur toutes : chaque religion prétend avoir la vérité et elles ne disent pas la même chose. Elles ne peuvent certainement pas toutes avoir raison ! En revanche, elles pourraient bien avoir toutes tort.

Ce raisonnement repose sur l’idée commune "moderniste" de religion en général comme système de pratiques et d’affirmations qui prétendent à la vérité.

Il suffit de définir autrement, et plus raisonnablement, le fait religieux pour que les choses apparaissent différentes. Il faut comprendre d’emblée la religion comme une façon pour l’homme de se situer dans un monde où il éprouve le mal et l’injustice, et le caractère inadmissible et intolérable du mal et de l’injustice. Ce caractère apparaît d’autant plus clairement à qui met en perspective l’idée de Dieu tout puissant et bon.

IL faut remarquer que, même dans les idées communes critiques par rapport à la religion en général, il y a une particularité de la religion chrétienne : c’est elle que l’on conteste avec l’argument que la pluralité des religions les disqualifie toutes, et en même temps elle que l’on cite à comparaître au tribunal des hommes au sujet du mal qui est dans le monde. C’est aux chrétiens qu’on demande compte d’une certaine façon de se situer positivement par rapport à Dieu malgré l’expérience du mal et de l’injustice et de leur caractère intolérable. Ce n’est pas en général à l’Islam, au judaïsme ou au bouddhisme qu’on en demande compte.

La spécificité chrétienne, paradoxalement, est justement son universalisme. J’aurais pu dire : la spécificité chrétienne, c’est le catholicisme. "Catholique", signifie, en première approche, "universel". Plus précisément, catholique, en grec kata holon ou kata holou, signifie "selon le tout". C’est-à-dire selon le tout du dessein de Dieu, qui est de sauver tous les hommes.

Concrètement, la religion chrétienne témoigne d’une parole de Dieu qui s’adresse à tout homme, personnellement. A tout homme tel qu’il est aujourd’hui, maintenant, dans ce monde. Telle est la spécificité de la religion chrétienne : il s’agit, au début et à la fin, et tout le temps, et pour quiconque, d’une parole de Dieu qui s’adresse à l’homme tel qu’il est. "Dieu ne fait pas acception de personne". Les chrétiens témoignent d’un Dieu qui s’adresse à tout homme comme il le trouve. Tout homme, aujourd’hui, en ce monde, quels que soient sa culture, son histoire, "sa religion". C’est pourquoi tout homme selon sa droiture est dans le vrai face à Dieu. Quand je dis "selon sa droiture", cela correspond un peu à l’expression consacrée "d’homme de bonne volonté". Pensez aussi à la formule de la troisième Prière Eucharistique qui recommande à Dieu "tous les hommes dont (il connaît) la droiture."

La spécificité chrétienne est de rendre témoignage à Dieu comme cherchant maintenant, personnellement, tout homme. C’est de cela qu’il s’agit toujours dans le Christ.

Le spécifique religieux chrétien se trouve dans la considération de l’homme. Aucune "religion" n’a semblable considération de l’homme.

La Bible, qui est Parole de Dieu, est un livre écrit par des hommes. Dieu n’a pas parlé aux hommes autrement que par l’homme ou par la création.

Spécifique chrétien : l’homme est la route de Dieu. Dieu - c’est son choix à lui - a voulu passer tout entier par l’humanité. C’est l’Incarnation.

Il s’agit, certes, de discerner le divin dans l’humain. Mais il ne s’agit jamais de mettre du divin à la place de l’humain. Voilà encore un aspect de la considération de l’homme. Tout discours, tout geste, qui entend remplacer de l’humain absent ou défaillant par du divin se signale ainsi comme non chrétien.

Jean 18,37 à 19,5. Jésus déclara : "Ma royauté ne vient pas de ce monde" ... Pilate lui dit : "Alors tu es roi ?" ... Jésus répondit : "C’est toi qui dit que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix." Pilate lui dit : "Qu’est-ce que la vérité ?"... Alors Pilate ordonna d’emmener Jésus pour le flageller... Alors Jésus sortit, portant la couronne d’épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit : "Voici l’homme". Quand ils le virent, les chefs des prêtres et les gardes se mirent à crier : "Crucifie-le ! Crucifie-le !"

La religion chrétienne, c’est l’histoire d’un homme qui souffre. L’histoire d’un roi incapable de se faire reconnaître par les siens.

La Révélation nous dépouille, elle nous retire tout ce que nous croyons avoir. La Révélation procède par enlèvement plutôt que par ajout. Elle décape nos erreurs. Elle nous laisse nus face au mystère du monde, au mystère de l’homme, au mystère de l’injustice, de l’iniquité, du mal. Elle nous fait découvrir que nous marchons sur la mer. Elle nous enlève plus d’illusions qu’elle ne nous donne de certitudes.

La religion chrétienne, c’est la religion pure, purifiée.

Alors, qu’est-ce que la foi ? Si les chrétiens parlent de la foi, on leur dit : mais toutes les religions ont une foi. En réalité il y a là une attraction universelle du terme chrétien de foi. Quand on parle ordinairement, on dit "croyance". Or, la foi n’est pas une croyance. La foi est un savoir. La foi est savoir que Dieu parle, et savoir ce que Dieu dit. C’est pourquoi la foi est au-delà de nos états de conscience, de notre subjectivité croyante ou "mal-croyante".

La foi, "comme foi", est un savoir. Et, comme adhésion à ce savoir, la foi est espérance. Ce n’est, ni dans un cas, ni dans l’autre, une conviction personnelle ou une croyance viscérale. Croire, c’est adhérer dans l’espérance, au savoir que Dieu parle, et qu’il dit cela : Je suis avec toi, l’homme qui souffre ; et je te sauve. Comme dit Péguy : "La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’espérance."

D’où la spécificité de la prière chrétienne, dialogue permanent avec ce Dieu qui est là, ou plutôt présence permanente de l’être à ce Dieu qui est là auprès de lui, en lui. Ce n’est pas un cri lancé vers le ciel où il y aurait peut-être quelqu’un, comme la prière des religions. La prière chrétienne, c’est l’entretien incessant avec ce Dieu qui tient sa promesse et sa parole. Il dit "Je suis avec toi", et il est là !

Si la prière chrétienne est d’une certaine manière tout entière "Que ta volonté soit faite", c’est activement, dans une recherche constante du chemin à prendre avec Dieu. Ce chemin est constamment aussi un chemin d’épreuves et de luttes, parce que le salut est un combat.

La foi chrétienne est objective, elle est ce savoir objectif que Dieu parle ; mais elle n’est pas matérialiste. Voyez les différences considérables entre le "Notre Père" dans saint Luc et dans saint Matthieu, alors qu’il s’agit en principe d’une prière dictée par le Seigneur à ses disciples. C’est que la Parole de Dieu est Esprit, alors que la lettre tue. Il s’agit bien d’un savoir objectif, d’une parole qui nous est donnée, que nous n’inventons pas, mais cette parole ne prend pas l’objectivité restrictive d’une matière absolutisée, elle prend l’objectivité des coeurs de chair où elle s’écrit par la puissance et la grâce de l’Esprit Saint, donc dans la diversité qui est celle du vivant et de la création. Et l’unité, dans cette diversité, est un signe qui se réalise concrètement dans la vérité des coeurs de chair où elle s’écrit. Et le caractère divers qui éclate dans la Bible, de façon archétypique dans l’existence des quatre évangiles, ce caractère divers qui est aussi une parole de Dieu, est un aspect de la considération de l’homme.

Le principe d’incarnation - nous sommes les témoins de Dieu qui vient -, qui se réalise pleinement et totalement dans le Christ, est sans retour. Ce n’est pas une incarnation qui serait suivie d’une "désincarnation", comme les chrétiens sont toujours tentés de le penser, ce qui les fait descendre de la foi chrétienne à la situation commune de l’homme religieux. La foi est témoignage rendu au Dieu qui vient, et c’est vrai jusqu’au dernier jour : nous attendons la venue du Christ, nous attendons que vienne le Fils de l’Homme sur les nuées du ciel. La parousie, ce n’est pas que le monde monte au ciel, c’est que celui qui est monté lors de l’Ascension, vienne comme il est monté. La Jérusalem céleste vient d’en haut. Le monde nouveau que Dieu fait, descend. Dieu descend à nous comme on se penche sur un petit enfant ; d’un mouvement sans retour, sans repentance.

"Etre" chrétien c’est exister dans le Christ, d’une existence pascale, de l’existence avec Dieu, dans la mort et la résurrection du Christ. Et, de même que la foi est un savoir que Dieu parle et de ce qu’il nous dit, de même le bonheur sur la terre est la ferme espérance que constitue ce savoir du monde qui vient. Le bonheur sur la terre est la vocation au bonheur qui vient.

Jusqu’à présent, vous l’avez peut-être remarqué, je n’ai pas encore prononcé le mot "amour". Beaucoup auraient sans doute dit : "la spécificité chrétienne, c’est sûrement l’amour". "Aimez-vous les uns les autres", dit le Christ. Pourtant, l’idée commune est aussi que toutes les religions disent la même chose, à savoir qu’il faut s’aimer. En fait, la religion chrétienne n’est pas celle qui dit qu’il faut s’aimer, mais celle en qui le Christ dit : "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, comme Dieu vous aime" ; c’est-à-dire celle qui offre à l’amour le chemin de la réussite.

Communs à tous les hommes sont la vocation à l’amour, le désir de l’amour, la tentative de l’amour. Spécifique de la Révélation, du don de Dieu en Jésus Christ, est le pouvoir de faire réussir l’amour. L’amour réussit dans la mort et la résurrection du Christ. Il nous est donné de découvrir ce qu’est l’amour, parce qu’il nous est donné de pouvoir le vivre. "Celui qui garde mes commandements, c’est celui-là qui m’aime". Celui qui garde les commandements de Dieu parce que ce sont ceux de Dieu, parce qu’il sait que c’est Dieu qui les dit, et qu’il adhère dans l’espérance à ce que Dieu dit, celui-là découvre l’amour. Celui qui garde les commandements à cause de l’amour dont Dieu nous aime, celui-là aime comme Dieu et découvre l’amour.

Cet amour qui nous est donné et qui nous est révélé révèle en même temps le péché. On ne sait pas ce qu’est le péché si on ne sait pas ce qu’est l’amour de Dieu. On ne découvre le péché comme péché que dans l’existence chrétienne. En deçà, ce qu’on connaît seulement, c’est l’expérience du mal, du malheur, de la faute, de la culpabilité. On ne connaît le péché comme péché qu’à la lumière de la révélation de l’amour. Qu’à la lumière de la révélation du pardon qui nous est donné en Jésus Christ mort et ressuscité. La doctrine du péché est spécifiquement chrétienne. Un spécifique qui ne peut pas être perçu en dehors d’une vie chrétienne.

Etre chrétien, c’est exister baptisé. C’est être baptisé, confirmé, "eucharistié", confesser la foi dans l’assemblée de l’Eglise et vivre en conformité avec la foi. C’est donc vivre une existence baptismale. Ainsi se réalisent les promesses faites à nos pères, ainsi s’accomplit en Jésus Christ la révélation faite à nos pères. Rappelez-vous la révélation du Nom. Dieu révèle son nom, mais on ne sait pas bien si ce nom est "le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob", ou si c’est le tétragramme, YHVH, qu’il ne faut pas prononcer, ou bien "Je suis", ou encore l’intraduisible "Iheyeh asher Iheyeh" que vous trouvez traduit dans vos bibles, selon le cas, par "Je suis celui qui suis", "Je suis qui je suis" ou "je serai qui je serai"... toutes ces traductions étant légitimes et complémentaires, puisqu’il s’agit en hébreu de l’inaccompli du verbe être. Mais je vous propose plutôt, pour présider à toutes les traductions, la suivante : "Je serai qui je suis" - Je serai qui j’ai commencé à être, je serai celui que tu as commencé à connaître. Celui que j’ai été avec Abraham, je l’ai été avec Isaac, je l’ai été avec Jacob, je le suis avec toi, et je le serai avec toi. Car je suis Un.

Etre chrétien, c’est, en Christ, adhérer à cette parole que Dieu dit à l’Eglise : "J’ai été avec tes Pères, je suis avec toi, et je serai avec toi."

Et cette Parole suffit. Elle nous délivre de la nécessité de tout mensonge religieux. C’est elle qui nous donne de vivre en hommes justes, raisonnables et pieux, en ce monde où l’intolérable et l’inadmissible arrivent chaque jour. Nous sommes délivrés de la nécessité humaine d’avoir à produire un quelconque mensonge à ce sujet pour vivre quand même alors que, raisonnablement, ce monde est inadmissible. Et nous vivons ce monde de bon coeur, à cause de la promesse de Dieu, et dans une confiance totale, toujours aveugle a priori, et toujours récompensée, et toujours couronnée par toujours de nouveaux signes éclatants de cette présence de Dieu, de la fidélité de son action, et du monde à venir.

Questions

Les religions sont toutes la même chose. Quand il n’y a pas des religions, il y a des dieux. Si on veut les distinguer, c’est par rapport à ce type de réponse apportée à la question du mal et de la théodicée. Typiquement, les réponses extrême orientales

1 - Tout mal est une punition - tout mal est une correction. C’est la croyance en la réincarnation, le karma. Il n’y a pas de bien sans mal. En fait de théodicée, c’est une justification du mal. Le mal n’est pas mal, puisque c’est une punition.

2 - Autre piste extrême-orientale, plus globale : Le mal est un principe complémentaire du bien. Il n’y a pas de bien sans mal, le yin et le yang, s’il y a du vide il y a du creux, il y a des hauts et des bas.

Tous ces principes ne tiennent pas devant la souffrance de l’innocent, devant l’existence réelle de la souffrance

3 - Le mal est illusion. Le mal caractérise le monde comme illusion. La résolution de l’affaire, c’est le passage à la vraie réalité, qui est tout, sauf la réalité connue et précise.

Ce sont les grandes pistes systématiques. Chaque fois, nous voyons comment ces théories sont inadmissibles. Mais les gens qui sont plongés dedans ne le perçoivent pas ainsi parce qu’ils sont plongés dans ce mensonge qui constitue leur possibilité de vivre. C’est ainsi que le monde, où il y a l’intolérable, leur apparaît - mensongèrement - comme tolérable. Donc ils ne vont pas mettre en question ce qui constitue leur structure vitale. C’est l’enfermement dans le mensonge religieux.

En dehors de ces grands systèmes, on a l’animisme ordinaire, qui recouvre tous les polythéismes, toutes les religions dites primitives, dans lesquelles il n’y a pas de réponse systématique, mais la recherche ordinaire d’échapper le plus possible au mal et de profiter le plus possible du bien. Une conscience de l’homme qui se vit comme en condition déchue, mais déchue par rapport à quoi ? Par rapport au fait que sa raison est capable de juger la situation intolérable. Mais en même temps il est totalement dominé par cette situation intolérable.

C’est le thème des mythologies grecque et latine, qui produisent cette espèce de conscience vague et lointaine de pouvoir considérer le monde, juger le mal dans le monde intolérable et en même temps la réalité qui n’est absolument pas en mesure d’affronter cette question. Et c’est ainsi que les mythologies mettent en scène un dieu tout-puissant, dont il faut dire qu’il est bon, mais dont on dit en même temps qu’il ne l’est pas. La quintessence de la spéculation sur ce système religieux - qui est le système commun - c’est le thème grec de la moira, le thème latin du fatum, le destin, la thématisation spéculative de cette réalité ultime dans son caractère d’arbitraire totalement inaccessible, est cause de notre vie de damnés à qui il est impossible de demander des comptes.

Il n’est pas question de demander aux religions compte du malheur qui est dans le monde. Les religions sont la construction contradictoire et mensongère de l’esprit qui ferre la question en sachant qu’il ne la résout pas. Le seul à qui on pourrait demander de rendre compte, c’est Dieu, et la religion dit justement qu’on ne peut pas lui demander compte. On en demande compte aux chrétiens parce que les chrétiens sont comme Dieu au milieu du monde.

Question - ??? Réponse - Le judaïsme de notre ère par rapport au christianisme, c’est ceux qui ne reconnaissent pas Jésus comme Messie. C’est pourquoi on peut dire que le judaïsme de notre ère se définit par rapport au christianisme.

Les chrétiens disent : en Jésus Christ sont accomplies les promesses faites à nos pères. Le judaïsme de notre ère établi par les rabbis pharisiens du côté Jamnia dans les premières années de notre ère construisent un système religieux sur une catastrophe : la chute du temple. Et sans prophétie. Les Juifs ne peuvent pas rendre compte de cet événement capital dans l’histoire qu’est la chute du temple. Ils ne peuvent pas en rendre compte de façon homogène aux Ecritures.

Les Juifs disent : que Jésus n’est sûrement pas le Christ, parce que Dieu ne nous aurait pas laissé deux mille ans dans l’erreur sans nous envoyer un prophète. Mais justement, il nous en a envoyé un, et vous êtes toujours dans l’erreur.

Quant à l’Islam, c’est la pure religion humaine de base. La quintessence, cette conscience d’être en position inférieure et comme déchue, et de ne pas être en position de demander des comptes à Dieu. Dégagé des idoles, il reste la pureté du schéma, Dieu le Très-Haut, le Miséricordieux. Il est parfaitement inaccessible. Islam ça veut dire "soumission"

Seuls les chrétiens vivent sur la Bible. La spécificité de la Révélation, ce n’est pas une solution plus maligne à la question du mal, c’est l’absence du mensonge. C’est pour ça que la marche sur la mer est emblématique.

Question - Pilate

Que Pilate pose la question, c’est là qu’il s’ouvre à la vérité. Ce qu’il faut c’est ouvrir la question de la vérité. Etre chrétien, c’est laisser ouverte la question de la vérité. Après ça Pilate fait presque une confession de foi, en déclarant Jésus innocent, en le déclarant roi, en allant jusqu’à l’élever à le mettre sur une estrade en disant "Voici l’homme"

L’Islam et les animismes n’ont pas de considération de l’homme. Ils voient l’homme comme inférieur, damné. Et les autres systèmes qui produisent une spéculation qui invente une justification du mal produisent un mensonge qui bafoue l’existence humaine dans le fait qu’elle affronte le bonheur et le malheur - dépouillant l’homme de la profondeur.

Réponse Les rites - le Suaire - remplacer l’humain par du divin.

Dieu, c’est son choix, prend l’homme comme route. Ce que fait Dieu c’est venir à ce monde et à l’homme, par l’homme. Et tout l’homme :L’homme n’est pas une Monade, un individu séparé des autres. Cela fait partie des grandes erreurs. Il n’y a pas d’individu sans appartenance. Le fait de l’appartenance est constitutif de l’humanité. Il n’y a pas d’homme sans appartenance, sans mémoire, sans histoire, sans rite. Il n’ y a pas de d’homme sans langage : le langage est exemplaire à cet égard car il n’y a pas de langage si la langue n’est pas partagée. Il n’y a pas d’homme qui parle s’il n’est pas écouté, effectivement ou virtuellement. Il n’y a pas de rite, s’il n’est pas répété. Rite ça veut dire "répéter". Un mot n’a de valeur que s’il est répété. Si un mot n’est dit qu’une fois il n’existe pas. Un mot n’a de force et de profondeur que parce qu’il a des occurrences, parce qu’il se trouve ici et là. La Bible : chaque mot y est lu, à tous les passages où ce mot se trouve...

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Les rites sont toujours à possibilités multiples. Pas de rite chrétien qui n’ouvre sur un spectre, un arc-en-ciel de possibilités diverses.

Le linceul de Turin

Position de l’Occidental moderne...

La spécificité chrétienne, c’est ne tomber ni dans le scepticisme ni dans la crédulité. Le sceptique dit "on n’est sûr de rien" - il a raison - Mais on vit, donc il faut que ça marche. La question est "comment se fait-il que ça marche, alors qu’on n’est sûr de rien et que la raison humaine n’explique pas ?"

Remplacer l’humain par le divin ce n’est pas chrétien. Ainsi lorsqu’on dit : le mariage ça marche parce que c’est un sacrement. Non : le mariage est une institution à nulle autre pareille, et l’échec du mariage ça fait partie du mal qui est dans le monde. De même, il est interdit de tuer, mais il y a des hommes qui commettent des crimes. La grâce sanctifiante du baptême nous préserve du mal, mais il y a des chrétiens qui ont tué.


1998 UQ specificite chretienne