8 décembre 1997 Fête de l’Immaculée Conception et en l’honneur de la béatification de Mère Marie de Jésus

De quoi parlions-nous ?

Ephésiens 1,3-12 - Jean 2,1-12 (Les Noces de Cana)
lundi 8 décembre 1997.
 

Cette expression peut être une parole dure, qu’on prononce en se retournant après avoir morigéné un importun.

"Femme que me veux-tu ?" : n’est-ce pas une façon de dire : "De quoi te mêles-tu ?" En tout cas, le texte grec, littéralement : "Quoi à moi et à toi, femme ?" pourrait être compris en ce sens.

Et la mère de Jésus était là, dit le texte. "Etait là". Cet imparfait fait écho à celui du prologue : "Au commencement était le Verbe" ou "En commencement le Verbe était." La mère de Jésus était là : quelle préexistence parfaite cet imparfait signifie-t-il sinon, tout simplement, l’immaculée conception de Marie, en vertu, par avance, du sacrifice de son fils ?

Mais de quoi parlions-nous... au début ? Est-ce que ce commentaire évangélique ne constitue pas une digression, par rapport à l’occasion qui nous rassemble si nombreux, à savoir l’honneur de la béatification de Mère Marie de Jésus ?

En fait, au début, Mère Marie de Jésus ne l’était pas encore. Elle était simplement Emilie d’Oultremont. Et ensuite, dans le sacrement du mariage, Madame d’Hooghvorst. C’est pourquoi, sans doute, vous avez choisi cet évangile des noces de Cana. Elle s’en souvient, des années après : "Notre Seigneur avait à travailler en moi une nature vive... ne se soumettant jamais à un ordre que quand je ne pouvais absolument pas faire autrement."

Notre-Seigneur a traité sa nature, certes ; mais, comme il se doit, comme il convient à la grâce, sans la détruire, en l’élevant seulement.

Ainsi elle enseigne plus tard à ses soeurs : "Oser tout pour Dieu ; il ne faut pas, il ne faudra jamais que l’humilité vous fasse dire : Moi je n’ose pas cela, moi je suis indigne de cela, moi je ne suis pas capable de cela (...) Non, jamais de ces phrases, l’humilité qui conduit là, je n’en veux à aucun prix, les chiffons humbles, je n’en ai que faire ; je veux une humilité vraie qui se reconnaît en général indigne de tout et qui, malgré cela, dise à tout ce qu’elle rencontrera d’obstacles sur son chemin : Laissez-moi passer, je vais à Dieu."

Qu’en conclure sinon d’abord que Dieu sait ce qu’il fait, et qu’il a de la suite dans les idées ? Mais aussi, et surtout, que la sainteté n’est pas pour rien. La sainteté n’est qu’un début, qui permet de continuer le combat.

On pense parfois la sainteté comme un impossible rêve, un idéal, une étoile, à laquelle il faudrait tendre. Mais alors, à quoi pouvait bien s’occuper Marie, puisqu’elle était déjà sainte, depuis le commencement ?

Non, bien sûr, la vie de Marie n’était pas pour rien. Et elle ne se mêlait pas de ce qui ne la regardait pas en intervenant en faveur de qui n’avait plus de vin, en faveur de ceux qui avaient soif de l’Esprit qui sanctifie. Elle était à oeuvre avec celui qui, seul, sauve.

C’est pourquoi la parole de Jésus, "Quoi à moi et à toi ?" peut s’entendre comme un cri d’admiration, une exultation dans l’Esprit, à laquelle faisait écho d’avance, en figure anticipatrice, le cri en Genèse d’Adam à la vue d’Eve.

C’est de l’Eglise que le Christ peut dire : Voilà la chair de ma chair ; puisqu’elle naît de son côté, comme en coule l’eau de la purification des juifs, et de la multitude, et le sang versé pour la nouvelle Alliance, vin eucharistique des Noces éternelles.

Car c’est de la création de l’Eglise que parle l’évangile de Cana, évangile du premier signe, du "commencement des signes". Cana, en hébreu, cela veut dit créer, procréer. Et l’Eglise était déjà là en la personne de la mère de Jésus. Comment, dit Jésus : mon Heure est encore devant moi et, déjà, tu en es le fruit ! Déjà tu es à l’oeuvre pour relever l’espérance du monde, pour réparer le mal venu dans le monde par la jalousie de l’Ennemi !

De quoi parlions-nous ? De quoi parlons-nous, en tout cela, sinon de l’unique Jésus-Christ, et du salut obtenu par lui dans l’Esprit à la gloire de notre Père ?