Dimanche 21 décembre 1997 - Quatrième dimanche de l’Avent

Vous n’êtes pas sans ignorer...

Michée 5,1-4 ; Hébreux 10,5-10 ; Luc 1,39-45
dimanche 21 décembre 1997.
 

Vous n’êtes pas sans ignorer, probablement, si vous utilisez cette expression, qu’elle signifie le contraire de ce que vous voulez dire.

En effet, "ignorer", c’est "ne pas savoir", ce qui constitue une négation. Trois négations équivalent à une, donc "Vous n’êtes pas sans ignorer" signifie : "Vous ne savez pas" ; alors que ce qu’on veut dire est : "Vous n’êtes pas sans savoir", c’est-à-dire : "Vous savez." Une négation, ça va, trois négations, attention aux dégâts.

On peut donc, parfois, ne pas savoir ce qu’on dit. Par exemple, vous avez peut-être entendu, ici ou là, cette affirmation : "Une église, c’est une secte qui a réussi." En fait, nous apprenons ce qu’est l’Eglise en contemplant la sainte Vierge Marie.

De l’Esprit-Saint, Marie a conçu le Fils de Dieu. L’Esprit-Saint est Dieu et non un homme. Marie a conçu de ce qui n’est pas l’homme. L’Eglise distingue : elle distingue Dieu et l’homme. Les sectes, elles, confondent. Elles vous parlent vaguement de "spiritualité", "d’esprit", mélangeant à plaisir l’humain et le divin.

Parce que Dieu n’est pas l’homme, Dieu peut venir en l’homme. "Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne à moi ?" Dieu choisit de venir habiter en l’homme. Il s’agit d’un événement, qui peut donc provoquer la surprise et la joie. La venue de Dieu fait la joie d’Elisabeth, l’exultation de Marie. Les sectes, qui stagnent dans l’immanence, ne peuvent connaître la joie de l’événement. C’est pourquoi elles sont plutôt graves, remplies d’esprit de sérieux, tristes ; tout au plus s’excitent-elles parfois de façon plus ou moins grotesque. Cet événement, l’avènement de Dieu, son "Avent", est historique. Ce n’est pas un mythe. Les sectes vous abreuvent de mythes. Les sectes sont intemporelles. L’avènement du Fils de Dieu est une histoire, une histoire semblable à nulle autre, ancienne comme le monde et pourtant inouïe. Les patriarches ont salué de loin cet avènement, en promesse, les prophètes l’ont annoncé avec passion, Marie l’a attendu avec amour. De cette histoire témoigne l’organisation de l’Eglise sa structure hiérarchique. La "succession apostolique" signifie cette histoire et son inscription dans un "organisme" structuré.

Cet organisme, enfin, a la dignité d’une personne. Le mot Eglise est un nom propre. Une église, sans majuscule, ne peut être qu’un bâtiment : de bois, de pierre ou de verre, peu importe. L’Eglise, avec une majuscule, est le nom de quelqu’un, un nom unique. Car Dieu, qui est UN, donne l’unité à son peuple, à cette humanité qu’il a voulu venir habiter. Eglise est un nom propre, qui signifie "convocation" : l’Eglise est l’assemblée à laquelle nous appelle ce Dieu qui l’a tant aimée qu’il a donné son Fils, ce Fils qui a donné sa vie pour elle. Par le baptême, l’Eglise enfante à la vie de Dieu, maternité merveilleuse. Par le sacrement du mariage, les baptisés témoignent en leur vie, en leur chair, de ce que L’Eglise est l’épouse du Christ. L’Eucharistie nous unit dans le corps du Christ qu’est l’Eglise, par la puissance de l’Esprit-Saint, à la gloire du Père.

Vous qui avez eu le bonheur de recevoir l’enseignement de l’Eglise, vous n’êtes pas sans savoir tout cela. Ne le laissez pas ignorer à ceux que vous aimez, afin qu’eux aussi, partageant la foi de Marie, connaissent sa joie, la vraie joie de Noël.