Dimanche 23 février 2003 - Septième Dimanche

Lâchez-vous, rentrez chez vous !

Isaïe 43,18-19.21-22.24-25 - 2 Corinthiens 1,18-22 - Marc 2,1-12
dimanche 23 février 2003.
 

Lâchez-vous, rentrez chez vous !

Lâchez-vous, en langage actuel, relâché, signifie : laissez-vous aller, suivez votre nature et vos désirs. C’est tentant. Mais c’est dangereux. Qui s’y risque inconsidérément entendra bientôt : "Reprenez-vous, ressaisissez-vous !"

Quant à "Rentrez chez vous !", selon le ton, cela peut vouloir dire "Fichez le camp !" ou "Vous êtes libres !"

"Rentre chez toi !", dit Jésus au paralytique. Littéralement en grec : "Va à ta maison !" ou "Pars pour ta maison !" Exactement "Go home !", en anglais.

Ce paralytique aurait-il donc une maison ?

Il est vrai que, plus haut, Jésus l’appelle "Enfant" : "Enfant, tes péchés sont pardonnés.". La traduction dit "Mon fils", mais en grec c’est bien "enfant" : teknon, "rejeton".

Et les quatre hommes qui le portent, alors, seraient-ils son père et ses trois frères ? Mais où sont-ils donc passés, à la fin ?

Eh bien : là-haut, là tout en bas et là devant moi.

Écoutez. Jésus est dedans et la porte est bloquée par une masse énorme, cela ne vous rappelle rien ? Si, bien sûr, le tombeau.

Et puis, Jésus est dedans, et le ciel s’ouvre au-dessus de lui ? Son baptême par Jean, évidemment.

L’eau du Jourdain dans laquelle il est plongé signifie la mort, la mort "due au péché", et sa mort prochaine sur la croix. D’ailleurs, ici, les scribes accusent Jésus de blasphème : or, c’est précisément sous ce chef d’inculpation qu’il sera livré pour être crucifié. Et son sacrifice sera pour le pardon aussi de ce péché terrible. Isaïe l’avait prophétisé : "Israël, par tes péchés tu m’as traité comme un esclave !", dit Dieu.

Et le paralytique descendu par quatre hommes dont Jésus voit la foi, c’est nous, c’est le mystère de notre baptême.

Chacun de nous, en effet, a été descendu, porté à bras par la foi de l’Église, dans la mort de Jésus. Et pour chacun la Voix a prononcé : "Enfant, tes péchés sont pardonnés." Ainsi nous sommes entrés dans la vie et la liberté des enfants de Dieu.

Qu’est la vie de l’homme sous l’emprise du péché sinon un grabat sur lequel nous gisons, soit accablés et gémissants sous les peines et les malheurs, soit affalés dans le laisser-aller à tous les désirs et toutes les défaites de la chair ?

Mais, remplis de l’Esprit Saint, nous pouvons nous mettre debout sous le regard de Dieu et porter haut notre vie en toute circonstance, soit qu’elle fleurisse et porte du fruit comme un arbre de vie, soit qu’elle pèse et s’assombrisse comme un chemin de croix.

Ainsi, nous allons à la suite de Jésus vers la maison du Père, où il nous a préparé beaucoup de demeures, afin qu’elle soit notre maison à tous.

Mais vivons-nous vraiment, frères, la grâce de notre baptême ? Notre être est-il tout entier un oui, un amen, comme celui du Fils de Dieu ? Ou bien sommes-nous retombés dans le péché qui nous paralyse et nous rend tristes ?

Allons, lâchons notre égoïsme et notre orgueil qui nous attachent à nous-mêmes ! Rentrons dans notre vocation sainte. Il y a pour cela le sacrement de Pénitence et de Réconciliation, qui ravive en nous la merveille du baptême : "Enfant, tes péchés sont pardonnés. Va dans la paix et la joie du Christ."

Et il y a toute messe, toute Eucharistie, qui est le sacrement des sacrements, comme maintenant.

Laissons-nous aller à notre nature nouvelle et inouïe de baptisés en Jésus Christ, entrons de grand coeur dans notre demeure spirituelle et éternelle : le chant d’amour, de louange et d’action de grâce qui rend toute gloire à Dieu éternel et tout-puissant.