Nuit du 24 au 25 décembre 1997 - Noël

Il était une fois une maman qui n’avait pas d’enfant.

Isaïe 9,1-16 ; Tite 2,11-14 ; Luc 2,1-14
mercredi 24 décembre 1997.
 

Comme elle était très malheureuse, son mari pria pour elle le Seigneur Dieu, et le Seigneur entendit. Elle devint enceinte, mais, en son sein les enfants se heurtaient. Alors elle pria en pleurant : "Pourquoi, pourquoi ?"

Quand vinrent les jours où elle devait enfanter, elle mit au monde des jumeaux : deux garçons. Le premier qui sortit était couvert de poils, et tout roux. Le second tenait son frère par le talon. Quand les garçons grandirent, le premier devint un chasseur habile, qui courait la campagne, tandis que le second vivait tranquille sous les tentes. Le père des deux fils préférait le premier : il aimait le gibier. Mais leur mère préférait le second.

Savez-vous d’où est tiré ce récit ? De la Bible. Le nom de la mère est Rébecca, celui du père, Isaac, et les deux fils se nomment Esaü et Jacob. Esaü signifie roux, et Jacob, talon. Rébecca est ici une figure d’Eve, la mère de tous les vivants, qui souffre de ce que ses fils se battent entre eux. Remarquez aussi que les parents ont ici leur part de faute : ils ont leurs préférences ; et les préférences des parents font les rivalités des enfants.

Jacob, c’est Israël, et Esau représente les païens ; leur affrontement est le type de toute division entre les hommes. Rébecca est l’humanité au sein de laquelle se heurtent les enfants de la femme, humanité tourmentée qui s’interroge : Pourquoi cela, et à quoi bon la vie, alors ?

Et voyez la merveille : la maternité de Marie, qui met au monde Jésus, accomplit l’espérance que dessinait en creux la prière douloureuse de Rébecca. Car celui qu’elle enfanta est notre paix : en son corps il a tué la haine, il a abattu le mur qui séparait les Juifs et les païens, des deux, il a fait un seul peuple.

Ainsi, Jésus est le but des hommes : l’unité au sein de l’humanité. Mais il en est aussi le chemin. En effet, comment pourrons-nous, concrètement, recevoir le bien de la paix qu’il est lui-même ?

Nous ne pouvons entrer dans le sein de Marie, de qui il est né, une fois pour toutes, un jour au milieu du temps. Mais nous pouvons prendre la voie qu’il révèle : par le signe de l’enfant, du nourrisson emmailloté, signe de la toute dépendance, le Fils de Dieu nous est révélé comme le tout-reçu, le tout-recevant, le tout-obéissant. Par quoi l’on voit bien que le signe de la crèche est tout proche de celui de la croix.

Ainsi nous devons entrer au sein de l’Eglise, dont Marie est le type, pour être enfantés de nouveau, d’en-haut, à la vie de l’unique Jésus Christ. Nous devons nous confier absolument à l’Eglise, comme le Fils de Dieu fut confié absolument à celle du sein de qui il est né.

L’Eglise, voyez-la ce soir, dans le visage qu’en donne notre assemblée : elle est chaleureuse, heureuse, joyeuse, maternelle, vivante, chantante, priante, souriante, pleine de bienveillance et d’amour. Voilà la mère merveilleuse qui vous est donnée d’en-haut.

Mais, direz-vous, l’Eglise est faite d’hommes, pécheurs, imparfaits, dangereux. Comment lui accorder une confiance absolue ? N’est-ce pas le risque de se faire exploiter ou, à tout le moins, infantiliser ?

Non, car, de même que l’enfant de la crèche est appelé à grandir, de même, vous aussi, devez croître au sein de l’Eglise vers la pleine stature du Christ. Voyez sur la paille : ce nourrisson est l’homme qui sera fait roi de l’univers, dans son sacrifice suprême agréé du Très-Haut. Vous aussi devez acquérir la stature royale, sacerdotale et prophétique du Christ, comme membre du corps ecclésial, et, par conséquent, chacun aussi personnellement.

Croyez que, si vous vous laissez infantiliser, c’est que vous n’accordez pas à l’Eglise votre confiance absolue, mais à quelque sous-produit ou contrefaçon de la divine institution. Comprenez que tous les enfants des hommes qui ne lui sont pas enfantés à nouveau par l’Eglise sont des enfants qui manquent à Dieu. Eglise aux millions de visages, de la multitude des enfants de Dieu, prions-le avec ardeur d’attirer à lui tous ces frères qu’il veut rassembler dans l’unité du corps de son Fils, notre Paix.