Dimanche 28 décembre 1997 - La Sainte Famille

Les éclipses de soleil, pour les Anciens, étaient un phénomène terrifiant.

1 Samuel 1,20-22.24-28 : 1 Jean 3,1-2.21-24 ; Luc 2,41-52
dimanche 28 décembre 1997.
 

Mais en observant les éclipses ils avaient aussi découvert que la Terre était ronde. Et si la plupart pensaient toujours qu’elle était au centre de l’Univers, il y en eut même un, Aristarque de Samos, pour comprendre, trois siècles avant notre ère, qu’elle-même tournait autour du soleil.

En tout cas, c’est en observant de nombreuse fois la disparition de l’astre du jour que les Anciens l’avaient enfin perçu pour ce qu’il est, à savoir un corps céleste. La découverte de la divinité de Notre Seigneur Jésus Christ aussi suppose la contemplation de sa disparition.

L’humanité de Jésus était éblouissante, nous l’imaginons volontiers et cet évangile de la fête de la Sainte Famille nous le dit : en l’écoutant, les docteurs de la Loi s’extasiaient. Pourtant, le plus étonnant leur reste caché, tandis que ses parents l’entr’aperçoivent : c’est pourquoi ils sont "stupéfaits" en le voyant.

Vous l’avez remarqué, cet épisode est celui d’une "disparition" de Jésus, qui prend fin "le troisième jour". Ce qui prophétisé ici est la Pâque : la croix et la résurrection de Jésus. Et c’est bien à le voir disparaître ainsi, selon sa chair d’humanité, qu’on peut recevoir la grâce de l’illumination de sa divinité.

Ainsi est-ce après avoir vu la mort de Jésus que le centurion s’écrie : "Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu !" De même, les disciples d’Emmaüs le reconnaissent quand il disparaît à leurs yeux.

La révélation de la divinité de Jésus, et le mode de cette révélation, doivent nous faire réfléchir aujourd’hui à la famille.

La famille humaine est constituée par l’attachement mutuel de ses membres. Cet attachement est la moindre des choses : il est "animal". Il est naturel qu’on s’attache à celui dont on s’occupe ou à celui par qui on est soigné et nourri. Ainsi s’attachent les conjoints entre eux, les parents à leurs enfants et les enfants à leurs parents. C’est la loi du vivant, elle est bonne, elle a été voulue par Dieu.

La modernité n’y comprend rien qui croit difficile de rester attachés. C’est de se séparer qui est difficile.

C’est humain d’être attachés. Mais le mystère de l’offrande est divin, de l’offrande de soi-même et de l’offrande de ce qu’on aime. Anne, la mère de Samuel, l’avait pressenti quand elle vint offrir son fils, son unique, à Dieu qui le lui avait donné. Parce que le Fils de Dieu s’est fait homme, la vocation de l’homme est d’être élevé à la divinité.

De l’épanouissement de cette vocation, la famille chrétienne est le lieu surnaturel : ses membres doivent rester indéfectiblement attachés les uns aux autres, bien sûr, c’est la moindre des choses ; mais, plus encore, ils doivent renoncer les uns aux autres, et chacun à soi-même, selon la grâce et les appels de l’Esprit.

C’est par l’offrande de soi que l’être humain a part à la passion de Jésus, à sa mort, et à sa divinité, car il est le Fils de Dieu.