Dimanche 30 novembre 2003 - 1er dimanche de l’Avent C

Mayday, mayday, mayday...

Jérémie 33,14-16 - 1 Thessaloniciens 3,12 - 4,2 - Luc 21,25-28.34-36
dimanche 30 novembre 2003.
 

Mayday, mayday, mayday...

C’est l’appel au secours réglementaire, l’équivalent en phonie du morse S.O.S. que l’on interprète comme l’acronyme de "Save our souls", c’est-à-dire "Sauvez nos âmes" ou "Sauvez nos vies". Quant à "Mayday", c’est aussi un mot anglais, mais certains y voient la déformation de "M’aidez" en français, autrement dit "Aidez-moi !" En tout cas, si vous êtes sur un bateau en perdition, vous devez lancer ces messages de façon pressante et continue.

Et sur notre bonne vieille planète Terre, en sommes-nous là ? La pollution des mers et de l’atmosphère, le réchauffement climatique, la pénurie de pétrole inéluctable, les risques liés au développement de l’énergie atomique et quelques autres sujets de préoccupation globale sont assez sérieux pour que la question se pose. Certains l’éludent en disant : "Bah, on verra bien" ou "Cela durera toujours autant que moi." On comprend les intérêts personnels qui les portent à ne pas vouloir qu’on s’inquiète : ils profitent de la situation actuelle et ne se soucient guère d’un avenir qu’ils ne verront peut-être pas.

Mais ceux qui, au contraire, poussant des cris d’alarme incessants annoncent la catastrophe pour tout à l’heure ? D’abord, ils sont aussi mus par leurs propres intérêts, qu’ils soient matériels, politiques ou psychologiques. Mais surtout, que proposent-ils d’autre à espérer ? Certains crient : "Ma planète, ma planète !" comme d’autres : "ma cassette, ma cassette !" Parfois, pour conserver l’environnement, ils semblent prêts à se débarrasser de l’humanité qui le menace, sauf eux-mêmes, bien sûr.

Après tout, l’humanité est mortelle, et la planète aussi. Un jour, sûrement, tout disparaîtra. Et si l’on n’a aucune espérance du côté de Dieu, d’un Dieu qui viendrait sauver sa création en perdition, il n’est pas plus avisé de s’acharner à durer un peu plus longtemps que de choisir de profiter du moment présent en attendant la fin inéluctable. Sur un navire perdu dans l’océan immense et déchaîné sans espoir de port à atteindre ni de quelque secours pouvant surgir sur la mer ou dans le ciel, il n’y aurait aucun sens à retarder à tout prix l’échéance du naufrage corps et bien.

La prodigalité consommatrice d’un côté et l’avarice écologiste de l’autre ne sont que les deux faces d’un même égoïsme désespéré. C’est pourquoi, dans l’évangile, le Seigneur nous met en garde d’un seul souffle contre la débauche, l’ivrognerie et les soucis de la vie : d’une façon ou d’une autre, notre cœur s’alourdit et se perd lorsqu’il cesse de battre au rythme de l’espérance de la venue du Sauveur.

Nous le savons, si Dieu garde l’humanité en vie et ce monde en état de la porter, s’il retarde la destruction inévitable qui nous attend, c’est afin de laisser à chacun le temps de se convertir. Car seuls ceux qui seront prêts à accueillir sa venue échapperont à la catastrophe. Et l’espérance de l’Église, c’est de rassembler l’humanité entière en un peuple ardent à espérer cette venue comme une délivrance finale. Or, l ’espérance ne trompe pas, car celui qui a donné sa vie pour sauver ce monde perdu a mis dans nos cœurs l’amour et son Esprit Saint.

Ainsi, le même motif de désespérance peut conduire les hommes à la fuite dans les plaisirs destructeurs ou dans l’acharnement à conserver leur vie en ce monde, mais le même élan d’espérance doit nous inspirer le plus grand respect pour la création qui gémit dans l’attente du salut qui vient et le plus vif désir de hâter cette venue.

Chrétiens, nous devons donc nous tenir en tête des hommes de bonne volonté qui appellent à un usage sobre et raisonnable des ressources naturelles, réglé par l’idéal de leur répartition équitable entre les peuples et les individus. Nous devons nous dévouer à cette tâche. Et nous ne devons pas mettre moins d’ardeur à nous convertir nous-mêmes, à progresser en sainteté ensemble et chacun pour sa part, en vue de la venue du Seigneur dans la gloire.

En tout cela, le premier nécessaire est toujours la prière, cet appel pressant et continu lancé vers le ciel pour qu’il vienne à notre aide, pour qu’il sauve nos âmes et nos vies.