Dimanche 7 décembre 2003 - 2ème dimanche de l’Avent C

"J’arrive !"

Baruc 5,1-9 - Philippiens 1,4-11 - Luc 3,1-6
dimanche 7 décembre 2003.
 

"J’arrive !"

Le message est bref, mais il peut avoir un sacré effet, lisible sur un visage qui se crispe ou se détend, se mouille de larmes, se décompose ou s’illumine.

"J’arrive" veut dire "j’atteins le rivage", "j’aborde", "je touche au but."

L’Avent, c’est l’Adventus, l’arrivée de Dieu, annoncée par lui-même à ceux qui le connaissent bien.

"J’arrive !", dit-il aux déportés de Juda, "Je viens vous délivrer et vous consoler, je reviens habiter ma Maison au milieu de vous pour sécher vos larmes et changer votre vêtement de deuil en habit de fête, mettre fin à vos humiliations et vous couvrir d’honneur, de dignité et de joie.

"J’arrive !", dit-il par la bouche de Jean-Baptiste au peuple de ses enfants, je suis le Dieu de vos Pères, moi qui ai fait votre éducation comme un père éduque son fils, moi qui vous ai accompagnés tout au long de votre histoire de fidélité et de révolte, vous prodiguant mille fois mes avertissements et ma miséricorde.

"J’arrive !", nous dit aujourd’hui le Seigneur, moi que vous connaissez bien, car j’ai mangé et bu sur vos places, j’ai souffert pour vous arracher au mal, j’étais mort, mais me voici vivant et je viens pour que tout homme voie mon salut.

Et quel effet nous fait cette annonce ? J’espère, celui que décrit l’évangile.

"Une voix crie : tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées."

Un classique de ce deuxième dimanche de l’Avent est de gloser sur le thème de "nos montagnes d’orgueil" et des "ravins de nos divisions" : il s’agirait pour nous de les aplanir.

Alors, par exemple, comment pourrai-je traiter ma montagne d’orgueil ? Je vais me taper sur la tête à deux mains en me couvrant d’insultes jusqu’à ce que ça rentre ? Et vous croyez que ça va marcher ?

En réalité, frères, un seul peut s’en occuper de bonne façon : le Seigneur lui-même, si seulement je l’écoute m’annoncer sa venue.

En effet, pour l’orgueil, nous en sommes tous capables aussi bien : le notable, le président ou le curé ni plus ni moins que l’analphabète ou le bébé. Pensez-vous que Dieu s’en fasse une montagne ? Bien sûr que non : si je me laisse instruire par son regard, je n’y verrai plus qu’une taupinière qui, de confusion, rentrera d’elle-même aussitôt sous terre.

Non que le Seigneur ait mépris de nous, au contraire. Mais il nous voit comme les enfants que nous sommes, ces enfants merveilleux de son amour que le mauvais avait détournés de lui.

Et si quelqu’un dit : "J’ai gâché mes chances, j’ai raté ma vie", parce qu’il voulait être star, prix Nobel ou gouverneur, et qu’il aurait pu le devenir, peut-être en s’y prenant mieux, le voilà devant un abîme de désolation et de regrets. Bien sûr, le chagrin et la déception peuvent en être graves à vous briser le cœur. Pourtant, qu’est cette peine à côté de la promesse de bonheur du Seigneur qui vous dit : "J’arrive, je viens te combler de ma présence, moi qui t’aime et t’admire" ? Et ce qui fut le gouffre de mon désespoir n’est plus qu’une ride sur le front que Dieu lisse d’une caresse.

Les traces de votre espérance se voient sur le visage de votre vie : si vous écoutez le Seigneur qui vient, lui-même fait de vous son chemin de grâce, simple et droit comme un roseau au désert, qui vibre de son souffle et chante sa joie.

Est-ce que nous oublions, en choisissant ainsi d’en appeler à la conversion de l’homme intérieur, que l’injustice dont souffre le monde est aussi l’affaire de peuples et d’États, de multinationales et de tyrans, de masses d’armes et d’argent portées par leur propre poids à écraser les petits, les doux et les enfants ?

Certes non. Mais croyez-vous que la violence et la haine qui creusent entre les peuples ou au sein des nations des abîmes de discorde et de ressentiment seront vaincues par la violence et la haine ?

Il n’est qu’une route pour la justice et la paix entre les hommes, c’est le cœur d’hommes décidés pour la paix et la justice.

Et qu’est-ce qui peut nous décider mieux que de croire, de toute notre âme, à l’amour de Dieu pour tout homme, fût-il le pire de nos ennemis et l’ennemi de tous les hommes, au point qu’il a donné pour lui son Fils jusqu’à la mort de la croix, afin qu’il voie son salut ?

Le cœur de l’homme est le seul chemin de Dieu pour venir en notre monde. L’espérance de sa venue, accueillie avec reconnaissance dans l’humilité et la conversion de l’existence, l’ouvre à la grâce qui lavera de ses souillures le visage de la création défigurée par le péché et l’hostilité du mauvais.

Oui, frères, quand nous écoutons le Seigneur nous dire "J’arrive !", déjà il nous sauve.