Dimanche 20 novembre 1994 - Christ Roi

Cette fois je l’ai vu.

Daniel 7,13-14 ; Apocalypse 1,5-8 ; Jean 18,33-37
mercredi 20 novembre 1996.
 

Cette fois je l’ai vu. Cette fois, j’ai vu le film dont je vais vous parler : "Soleil trompeur".

Cela se passe en Russie, en pleine période du stalinisme. On ne voit presque rien de désagréable, peu de sang, en définitive ; mais des paysages riants, des gens beaux, aimables, et qui s’aiment. Et pourtant c’est un des films les plus terribles que j’aie jamais vus.

Le personnage principal est un "héros de la révolution", un colonel, dans la force de l’âge, très sympathique, impressionnant. Vers la fin du film, des "pionniers", des adolescents en uniforme, lui chantent un hymne : c’est qu’il est une sorte de petit dieu. Et lui, il sourit. Bien qu’il sache depuis quelques heures qu’il va être arrêté ce jour même ; et que cette arrestation signifie sa perte certaine. En effet, une voiture de contre-espionnage l’emmène. Coincé entre deux sbires, d’abord il fanfaronne . Mais à la première résistance, il est battu et ligoté. Alors il se met à pleurer. Et c’est atroce. Car cet homme qui fut plus fort, plus courageux, plus glorieux et plus honoré sans doute que la plupart d’entre nous ici, n’est plus maintenant qu’un misérable minable, une coquille vide qu’on peut écraser dans la main.

En effet, le régime que cet homme a servi asservit les hommes en détruisant la vérité. Or, privé de tout rapport personnel à la vérité, l’homme, fût-il le plus grand des héros, n’a plus de consistance.

Jésus, lui aussi, a été arrêté. Et il sait que sa perte est certaine. Déjà il est ligoté, accusé, humilié, rejeté, déchu. Mais à ce moment même, face à celui qui a tout pouvoir sur lui, il cherche les paroles pour rendre un authentique témoignage à la vérité. Car il sait que cet instant est directement lié au jour ultime, à la fin du monde ; qu’à chaque instant c’est la fin du monde qui se joue. Alors, constitué en toute fermeté par son rapport à la Vérité, il n’est ni minable ni misérable, il est royal. Et sa majesté éclate avec évidence.

Avez-vous compris le rapport entre la Passion du Christ, sa royauté, et la fin du monde ? Si vous l’avez compris, heureux êtes-vous. Mais cela ne suffit pas ; il faut croire. C’est pourquoi Jésus demande à Pilate : "Dis-tu cela de toi-même, ou parce que d’autres te l’ont dit ?" Si vous le dites parce que quelqu’un vous l’a dit, par exemple parce que je vous l’ai dit, ce n’est encore rien de décisif.

Voulez-vous - c’est lui qui vous le propose maintenant - voulez-vous croire que l’humilié, le crucifié de Pâques, est ressuscité, et qu’il reviendra dans la gloire ? Si vous le croyez, vous êtes établis dans la vérité comme lui, et vous avez part à sa royauté, même si c’est en passant par sa Passion.

Le rapport entre la Passion du Christ, sa royauté, la fin du monde et notre foi, j’espère que cette fois vous l’avez vu.