Dimanche 21 décembre 2003 - 4e dimanche de l’Avent C

C’est si bon de s’embrasser, Pénélope !

Michée 5,1-4 - Hébreux 10,5-10 - Luc 1,39-45
dimanche 21 décembre 2003.
 

C’est si bon de s’embrasser, Pénélope !

Pourquoi ?

Eh bien déjà parce que c’est excellent pour la santé, toutes les études le confirment. En plus, et surtout, parce que ce geste exprime l’unité, l’union, et la réalise. C’est pourquoi l’on passe une bonne partie des fêtes à s’embrasser : frères, cousins, enfants, parents, grands-parents, amis, gens connus ou inconnus. C’est important pour tous, mais particulièrement pour les petits enfants et les vieux parents : l’unité entre les générations est des plus nécessaires et demande beaucoup de soins.

Soit, direz-vous, mais pourquoi Pénélope ?

Ah oui, Pénélope. Son mari était parti à la guerre, une guerre de dix ans sous les murs de Troie, selon l’Iliade d’Homère. Et son retour épique à travers les mers ne dura pas moins longtemps, selon l’Odyssée. Pendant ce temps, Pénélope attendait, tandis que les prétendants s’impatientaient : Tu dois te remarier, disaient-ils, ton époux est perdu et le trône d’Ithaque réclame un roi. Bon, répondait-elle, dès que j’aurai fini ma tapisserie. Alors, le jour elle tapissait, et la nuit elle détapissait.

Qu’est-ce qui te faisait tenir, Pénélope, dans l’espérance du retour de l’absent contre les doutes et l’usure des jours, alors qu’il eût été si facile de t’abandonner aux séductions des impatients ?

Pénélope est une figure de l’humanité qui retisse inlassablement à l’occasion des fêtes les liens sociaux et familiaux que la vie distend à longueur de temps. Mille forces centrifuges, mille mouvements irréversibles mettent à mal l’unité de ceux qui se sont aimés, notamment la vieillesse et la mort. Qu’il faut de vertu, parfois, pour tenir la fidélité d’une solidarité humaine dans l’incertitude de l’avenir. Et puis, Pénélope avait eu ce mari qu’elle attendait, mais le retour de qui l’humanité a-t-elle jamais pu espérer qui mette fin aux douleurs des séparations innombrables criblant son histoire ?

Israël, au temps du Seigneur, n’était plus qu’un petit reste en Juda et une pauvre dispersion au milieu des nations. La fille de Sion vivait dans la mémoire de ce Dieu qui l’avait menée au désert pour parler à son cœur et sceller avec elle des fiançailles de justice et d’amour, et les pauvres du Seigneur gardaient l’espérance de sa venue en dépit de tout.

Et voilà qu’aujourd’hui la Vierge Marie salue Élisabeth ! Élisabeth représente le peuple élu depuis notre père Abraham, et Jean, qu’elle porte en son sein, tous les prophètes que le Seigneur a fait surgir au milieu d’Israël au temps de la patience et de la promesse. En la personne de Marie, c’est Dieu qui visite son peuple et vient demeurer en lui, comme il l’avait dit.

Marie représente la Vierge Israël comblée dans son espérance. Élisabeth et Marie, la vieille femme et la jeune, sont comme les générations passées et la génération comblée réunies dans la joie d’accueillir le don et d’en rendre grâce. Et Jean-Baptiste et Jésus sont l’ancienne et la nouvelle Alliance, devenues contemporaines le temps de se reconnaître et de se réjouir jusqu’au jour où tout sera consommé.

Élisabeth, la stérile, représente aussi l’humanité entière qui n’avait pas d’espérance : et voilà qu’en même temps l’espérance d’Israël lui est donnée, et son accomplissement aussi ! En Marie concevant Jésus du Saint-Esprit, l’espérance d’Israël est comblée et l’espérance des nations est née. Aussitôt née, l’espérance des nations est comblée, tandis que celle d’Israël devra renaître, comme passée par la mort et la résurrection, de l’épreuve d’être partagée avec les nations. Et tout cela est arrivé afin que toute l’humanité puisse enfin communier dans l’espérance du Ressuscité.

Pour ceux qui croient au Verbe incarné, au Fils de Dieu venu dans la chair partager notre vie jusqu’à la croix, se révèle l’espérance des Noces de Dieu et de l’humanité qui justifie tout sacrifice à cette attente bienheureuse. Et la foi et la charité qui nous sont données par l’Esprit Saint garantissent cette espérance dont elles se ravivent et se réjouissent.

Oui, frères et sœurs, pour nous et pour toute l’humanité, c’est si bon qu’Élisabeth et Marie s’embrassent aujourd’hui !