Dimanche 11 décembre 1994 - Troisième dimanche de l’Avent

La pose de la première pierre est une curieuse cérémonie.

Sophonie 3,14-16 ; Philippiens 4,4-7 ; Luc 3,10-18
mercredi 11 décembre 1996.
 

La pose de la première pierre est une curieuse cérémonie. On voit en général des messieurs bien habillés, bien cravatés, bien chaussés vernis, qui saisissent une truelle et font "chlif, chlaf" sur une pierre qu’heureusement ils n’ont pas posée eux-mêmes, parce qu’elle serait de travers.

Imaginez l’édifice, s’il fallait que ce premier ouvrier achève son oeuvre ! En fait cet homme-là entreprend ce qu’il lui serait impossible de terminer.

Dans l’Evangile d’aujourd’hui, il y a une ambiguïté, qui n’apparaît pas immédiatement. Que demande Jean-Baptiste au collecteur d’impôts et au soldat ? Est-ce la moindre des choses ou, au contraire, l’impossible ? A première vue, c’est la moindre des choses : être honnête, ne faire de mal à personne, en principe, c’est le B-A-BA de toute vie humaine correcte.

Seulement, voilà : les collecteurs d’impôts devaient ramasser ce qui leur était fixé par l’administration, et quelque chose de plus, cela pour eux-mêmes. Ce qu’on leur demande ici, à la limite, revient à dire : "Ne gagnez plus votre vie." De même, il est dit aux soldats : "Ne secouez personne, ne dénoncez personne", ce qui est la traduction littérale du texte grec. Mais si l’on prend l’expression à la lettre, comment voulez-vous qu’ils puissent faire la police, ce qui est aussi leur fonction ?

Cette ambiguïté, qui est dans le texte, nous renvoie à ce qu’on entend couramment aujourd’hui : "Peut-on faire des affaires sans être malhonnête ? " ; "Y a-t-il des hommes politiques qui ne soient pas corrompus ?" ; "Comment peut-on être militaire ?" "Les policiers sont tous des méchants" - en ces termes ou en d’autres. En fait, toute profession présente sans doute des tentations structurelles, au point qu’il semble impossible de faire son métier et de demeurer droit, juste et bon.

L’appel de Jean-Baptiste, au nom du Seigneur, c’est : "Essayez quand même !" Ce qui vous semble impossible, entreprenez-le quand même. Faites comme le monsieur qui pose à peine la première pierre, mais qui espère la venue de ceux qui sauront bâtir. Vous qui désespérez de sortir du péché, faites cela : quand votre vie est mal située, posez un seul geste droit et comptez sur le Seigneur. Car ainsi, plus ou moins maladroitement, vous accueillez en votre vie la Pierre rejetée par les bâtisseurs mais connue et estimée de Dieu. Il vient celui qui baptise dans le feu et l’Esprit, celui qui peut brûler nos péchés et rassembler nos vie en Dieu comme bon grain en grenier, celui qui peut nous établir dans sa propre justice. Réjouissons-nous, car Dieu nous invite à commencer ce qu’il mènera à sa perfection en nous par son Fils Jésus Christ.