Dimanche 18 décembre 1994 - Quatrième dimanche de l’Avent

"Un maillot", c’est ainsi qu’on appelait un enfant de moins de trois ans.

Michée 5,1-4 ; Hébreux 10,5-10 ; Luc 1,39-45
mercredi 18 décembre 1996.
 

"Un maillot", c’est ainsi qu’on appelait un enfant de moins de trois ans. On langeait les petits bien serrés et on les nourrissait de lait aussi longtemps qu’on pouvait. Au point que Mme de Sévigné, écrivant à sa fille, lui dépeignait la ridicule sensiblerie de la jeune Madame de N. qui ne se consolait pas de la perte d’un "maillot".

Aujourd’hui, les petits enfant ne sont bien sûr pas considérés comme des êtres négligeables : à deux ans, on les met en classe préparatoire... à la maternelle, certes, mais les parents pensent déjà à Polytechnique. Au fond, la façon dont on le traite est-elle tellement plus respectueuse de ce qu’ils sont ? Je n’en suis pas sûr.

L’Evangile d’aujourd’hui me paraît aussi loin du XVIIe siècle que du nôtre. Elisabeth déclare : "L’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi." Donc, celui qui est en elle, bien que pas encore né, est déjà selon elle un enfant. Et le mouvement de cet enfant, qui certes a bougé, elle l’interprète comme la manifestation d’un sentiment. En somme, Elisabeth considère l’enfant non encore né comme capable de sursauter de joie à l’approche de Dieu. Eh bien, pour ma petite part, je peux ajouter mon témoignage à celui d’Elisabeth : pour avoir bien des fois baptisé des tout petits, j’ose dire que je les ai vu souvent tressaillir de joie à l’approche de Dieu.

Voilà, je pense, la meilleure définition du propre de l’homme : l’homme est celui qui peut tressaillir de joie à l’approche de Dieu, au nom de toute la Création. Et si nous nous considérions les uns les autres ainsi ? Jeune ou vieux, nés ou pas encore nés, riches ou pauvres, SDF ou nantis, saints ou voyous, si nous considérions les hommes comme capables de tressaillir de joie à l’approche de Dieu ? Alors nous ne serions pas muets à la face de nos frères humains et du monde qui gémit, mais nous annoncerions la venue de l’Eternel dans notre chair, et chanterions plus haut la merveilleuse action de grâce de l’Eglise pour notre liberté nouvelle et notre dignité inouïe.