Dimanche 6 novembre 1994 - Trente-deuxième Dimanche

Vous avez déjà joué à la marchande ?

1 Rois 17,10-16 ; Hébreux 9,24-28 ; Marc 12, 38-44
mercredi 6 novembre 1996.
 

Vous avez déjà joué à la marchande ? Ce jeu a une antique origine. Un jour, un homme s’est aperçu que son pommier donnait plus de pommes qu’il n’en pouvait consommer ; dans le même temps, son voisin avait fait si bonne pêche qu’il avait beaucoup trop de poissons pour lui. Alors une idée a germé dans son esprit : moi, je te donne de mon excès de pommes et toi, en échange, tu me donnes de ton superflu de poissons. Ainsi est né le commerce. C’est une conduite pratique, bénéfique pour tout le monde et qui est en même temps à l’origine de la communication entre des groupes humains qui, sans cela, auraient eu du mal à franchir la barrière de la peur de l’autre. C’est une conduite intelligente et très humaine.

Mais imaginez maintenant quelqu’un qui, alors qu’il fait très froid et qu’il n’est pas assez couvert, donne son manteau à un autre. Ou encore quelqu’un qui, en pleine disette, alors que personne n’a assez à manger, donne son repas à un autre. A première vue cette conduite n’est pas raisonnable. On dirait même que ce n’est pas humain. Au mieux l’on jugera que c’est surhumain.

En fait, il ne s’agit plus ici de commerce, il s’agit d’amour. Et l’amour est tout autre chose que le commerce. Que les enfants se bouchent un instant les oreilles ; les adultes, eux, on certainement entendu quelque jour ce slogan féministe dur : "Le mariage ? C’est de la prostitution officialisée, de l’esclavage légal : un homme s’acquiert les avantages de la possession d’une femme, de façon définitive et garantie par la loi, contre un certain nombre de prestations économiques." Voilà une réflexion qui est sans doute d’abord absurde et atroce à la fois ; mais qui peut être aussi, parfois, atroce parce que parfaitement vraie.

L’amour et le commerce sont deux choses différentes, et la prière est affaire d’amour, pas de commerce. Tel est, en un sens, l’enseignement de l’Evangile d’aujourd’hui.

Malheureux ceux qui font commerce avec Dieu, maudits ceux qui font commerce de Dieu. Une seule attitude convient dans la prière : celle qui consiste à donner de son indigence ; c’est-à-dire à se livrer soi-même entièrement, sans conditions, faible et dépendant, et confiant. Telle est l’attitude de la veuve qui nous est donnée en exemple.

Entre les scribes qui organisent le service de la prière avec ostentation et qui, sous prétexte d’en faire quelque chose de somptueux, profitent sans vergogne des dons qu’ils perçoivent en vue de ce service, entretenus qu’ils sont par beaucoup de "riches" dont les offrandes sont pensées comme le paiement de prestations, entre cette attitude et la prière véritable, qui pourra voir la différence ? Certes, bien malin celui d’entre nous qui pourrait juger de la qualité d’une prière. Mais Dieu voit dans le secret des coeurs. Et Jésus, lui, annonce une condamnation très sévère.

Alors prenons garde à nous-mêmes et à ceux dont nous avons la charge. Face à Dieu nous ne pouvons nous présenter que pauvres, petits et démunis. Attendons tout de lui, et alors nous ne serons pas déçus, par la grâce de celui qui a donné sa vie par amour pour nous.