Mardi 1er novembre 1994 - Toussaint

On s’en occupe

Apocalypse 7,2-4.9-14 ; 1 Jean 3,1-3 ; Matthieu 5,1-12
vendredi 1er novembre 1996.
 

On s’en occupe. C’est une façon de dire : Ne vous en mêlez pas, ne vous inquiétez pas. On s’en occupe pour vous.

Quel que soit le "problème", il existe un corps de spécialiste pour le résoudre, pour s’occuper de votre cas, pour le traiter médicalement, juridiquement, socialement... Et l’on est bien content de pouvoir vous traiter d’un point de vue technique, parce que cela évite d’affronter les questions les plus fondamentales : Pourquoi est-ce que je souffre ? Pourquoi suis-je exclu ? Pourquoi suis-je abandonné ? Pourquoi moi ? Mais justement, ces questions-là, ce sont celles dont on ne s’occupe pas.

On traite mon cas. Mais c’est moi qui pleure et qui souffre, pas on. Moi qui souffre vraiment, ce qui m’importe le plus, c’est de comprendre pourquoi je souffre. Je me demande ce que j’ai fait pour être ainsi puni ; pourquoi ça tombe sur moi ; pour quoi je paye ; ce que peut racheter ma souffrance ; à quoi ça sert ; où ça va ; qui m’en veut ; contre qui, je combats. Je me pose ses questions, même si on me l’interdit. Ce que l’on fait car là, on n’a pas de réponse. Tout au plus, quand on est poussé à bout, on admet que c’est injuste et intolérable, et qu’il y a vraiment de quoi se révolter.

Mais contre quoi ? contre qui ? Devant quelle ambassade manifester ? De quel ministre réclamer la démission ? En dernier recours, tant qu’on pourra trouver un prêtre à interpeller, on s’en sortira encore, mais pour combien de temps ?

Ce n’est pas qu’on soit aujourd’hui dénué de paroles prétendues religieuses. Mais que dit-on ? "Il y en a qui souffrent plus que vous. Cela pourrait être pire." Ou encore, quand vraiment cela ne peut pas être pire, quand la personne que vous aimez est morte : "Elle est plus heureuse là-haut." Pourquoi ?

Jésus, lui, voyant ses disciples et la foule, ouvre la bouche et dit : "Heureux les pauvres de coeur..." Il ne dit pas : "Ne vous en faites pas, on s’occupe de votre salut." Il répond à la question sur le sens. Il annonce le Royaume, et l’espérance du Royaume. Ce qu’il dit, c’est : "Tout ce qui vous arrive va quelque part. Vous-même, vous allez quelque part." Il dit qu’aujourd’hui, il faut comprendre sa vie en rapport avec le monde qui vient.

Quel rapport y a-t-il entre ce que vous vivez aujourd’hui et le Royaume que vous espérez ? Jésus n’exclut pas l’idée de châtiment ni celle d’épreuve purificatrice. Mais, dans les Béatitudes, la perspective essentielle est "la persécution pour la justice à cause de lui". Que la lutte soit en nous-mêmes ou à l’extérieur, nous sommes invités à comprendre ce qui nous arrive en rapport avec le combat du Seigneur contre le pouvoir du mauvais, qu’il a vaincu afin que, à sa suite, nous en triomphions.

Jésus entend notre question : "Pourquoi ?" Il ne répond pas : "Parce que." mais : "Pour quelles fins." Et il nous invite, dans notre liberté, à nous inscrire dans la perspective de victoire qu’il nous a ouverte, en esprit de pauvreté, de douceur et d’humilité. Quelle que soit la façon dont on s’occupe de mon cas, il ne revient qu’à moi de choisir avec Jésus la voie de la confiance en Dieu. Sur cette voie-là je sortirai de l’isolement où plonge la souffrance. Je me découvrirai uni à tous les disciples de l’Homme des douleurs, appelé à être accueilli dans l’assemblée des saints que nous célébrons aujourd’hui, ceux qui viennent de la grande épreuve et qui se sont purifiés dans le sang de l’Agneau. Au jour même de l’épreuve, en m’offrant avec lui, je connaîtrai la bienheureuse espérance qu’il nous annonce maintenant, et dont nous rendons grâce.