Noël 2003

Allez, venez !...

Isaïe 9,1-6 - Tite 2,11-14 - Luc 2,1-14
jeudi 25 décembre 2003.
 

Allez, venez !...

L’invitation est pressante, suppliante, presque. Y aurait-il des réticences à vaincre, une appréhension, la crainte d’un danger, d’un piège ?

"Allez, venez" est aussi paradoxal : "aller" est dans un sens, "venir" dans l’autre. On dirait que l’invitant est sorti au-devant de l’invité, comme pour se mettre à sa place et pouvoir lui dire : Allons ensemble chez moi.

Allez, venez... Il suffit de fredonner ces deux mots sur deux notes et le souvenir revient d’une chanson : puissance poétique d’une voix poignante, nous entendons comme si nous y étions une femme de rien invitant à entrer chez elle un homme qu’elle appelle "Milord". De my lord, littéralement "mon seigneur".

"Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi" : la voix d’Élisabeth est encore dans nos cœurs depuis dimanche dernier, 4e de l’Avent. La mère de Jean-Baptiste, enceinte de lui, voit venir à elle Marie et, au tressaillement du prophète qui demeure encore en son sein pour trois mois, elle reconnaît la venue de Dieu en sa mère.

Cette nuit, pourtant, environ neuf mois après la rencontre heureuse des deux saintes, personne ne s’incline devant la femme parvenue à son heure, ou devant son mari, pour demander l’honneur de les recevoir comme le Seigneur lui-même. Au contraire, il n’y a pas de place pour eux dans la salle commune.

Les voilà donc réduits à coucher Jésus nouveau-né dans une mangeoire, une "crèche", un lieu fait pour les bêtes. De là viennent les représentations poétiques de l’événement qui sont devenues tellement populaires que l’on en trouve pratiquement chez tout le monde. Mais la grâce de nos crèches provençales ou autres, dont saint François d’Assise fut le précurseur, ne doit pas nous tromper sur le caractère violent et douloureux de cette mise à l’écart.

En effet, de même, quelque trente ans plus tard, l’enfant devenu homme sera jeté hors de la ville et dressé sur une croix, car il n’y avait pas de place pour lui sur notre Terre commune.

Heureusement, sa mort fut pour le pardon de ceux qui l’avaient rejeté et, ressuscité, il envoya sur les siens l’Esprit Saint qui témoigne au cœur de ceux qui croient en lui.

Mais, que penser de cela : aujourd’hui, parmi tous ceux qui mettent à Noël l’enfant Jésus dans la crèche, bien peu confessent la foi de l’Église en Jésus Christ le Fils éternel de Dieu né un jour de la Vierge Marie, mort pour le pardon de nos péchés, ressuscité pour notre sanctification et dont nous attendons la venue dans la gloire.

Parce que, vraiment, il est comme sorti de lui-même et de sa divinité au-devant de nous dans ce monde froid et obscur pour nous inviter à rentrer avec lui dans l’Amour du Père. Ainsi, il s’est mis au dernier rang des hommes et, humblement, il appelle le plus misérable d’entre nous comme si c’était un Lord.

Si nous l’accueillons seulement avec l’attendrissement et la nostalgie d’un souvenir d’enfance sans aller pour de bon sur le chemin qu’il nous ouvre, c’est comme si nous le retenions dehors. Il nous dit : "Allez, venez !", et nous le laissons supplier en vain dans un monde dur à ceux qui peinent et noir comme le cœur des pécheurs. Nous le laissons comme un petit d’homme abandonné dont personne ne veut s’occuper.

Voyez la mangeoire où repose l’enfant : elle préfigure le tombeau qui recevra le supplicié, mais aussi cet autel où il se donne vivant en nourriture de vie éternelle. C’est maintenant qu’il faut croire et recevoir le don merveilleux de Dieu pour nous-mêmes et pour tous les hommes qui attendent de nous le témoignage du salut.

Que craignez-vous ? Certes, il y a des dangers à suivre le Christ, mais nul piège : car lui-même est avec nous en vaillant sauveur plus fort que tout mal qui nous guette et lumière au-delà des lumières de ce monde. Quittez toute appréhension et laissez-vous guider par la joie qu’il fait naître en vos cœurs maintenant.

Allez, venez, frères, je vous en supplie de sa part : entrons par la foi dans l’espérance de l’Amour né cette nuit.