Dimanche 28 décembre 2003 - La Sainte Famille C

On fait "Oh !"

Samuel 1,20-22.24-28 - 1 Jean 3,1-2.21-24 - Luc 2,41-52
dimanche 28 décembre 2003.
 

On fait "Oh !" quand il n’y a plus,

et puis "Ah !", et l’on rit, quand c’est revenu.

Tout le monde sait jouer à cacher, parce que ce jeu s’enracine dans l’angoisse du bébé quand il voit disparaître sa mère. Il apprend ainsi que ce qu’il ne voit plus n’est pas nécessairement anéanti, mais peut-être seulement caché. Et quand l’objet réapparaît, quel soulagement ! C’est pourquoi il rit, signe de détente après la peur. On voit là que le jeu est très sérieux et très important pour l’enfant. D’ailleurs, il l’est aussi pour les grands, notamment pour la mère dont l’angoisse est en miroir avec celle de son petit : peur de le perdre, besoin de s’assurer sans cesse qu’il est toujours là, le même et bien vivant.

Pour les disciples de Jésus, ce sera la question lancinante de Pâques : est-ce bien lui, celui qui fut crucifié, qui réapparaît maintenant, est-il bien vivant ou n’est-ce qu’un fantôme ? Et c’est déjà le sujet de notre évangile d’aujourd’hui qui nous montre Jésus à douze ans en pèlerinage de la Pâque, perdu à Jérusalem et retrouvé dans le Temple.

Voyez les sentiments de ses parents, la souffrance et la peine de sa disparition, la stupéfaction de le retrouver, l’incompréhension de l’événement : ces réactions ne s’expliquent suffisamment que dans la perspective de la passion et de la résurrection.

D’ailleurs le parallèle est frappant avec l’épisode des disciples d’Emmaüs, qui est également propre à l’évangéliste Luc : "Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ?" conclut Jésus après leur avoir expliqué dans toute l’Écriture ce qui le concernait. De même, ici, après avoir écouté attentivement les docteurs et leur avoir merveilleusement répondu, il peut dire à ses parents qui le cherchent : Ne le saviez-vous pas ? C’est aux œuvres de mon Père que je dois être.

Jésus a douze ans, c’est-à-dire l’âge à partir duquel, selon la tradition, il devient responsable de ses actes devant la Loi de Dieu. Nous devons comprendre que ce qui s’est parfaitement manifesté dans la Pâque du Seigneur Jésus est déjà la vérité de son être depuis son enfance, et même depuis sa conception : il est le Fils, celui qui accomplit parfaitement la volonté du Père.

Quant à Joseph et Marie, si saints soient-ils et si comblés de révélations particulières au sujet de Jésus, surtout Marie, ils n’échappent pas à la loi commune des disciples qui n’entreront tout à fait dans l’intelligence du mystère inouï de Pâques, de la mort sacrificielle du Fils de Dieu pour le salut du monde, qu’après la consommation de l’événement.

Ce mystère de mort et de résurrection, pourtant, n’est pas sans analogies dans notre vie humaine ordinaire, frères et sœurs. En ce jour où nous fêtons la Sainte Famille, remarquons d’abord que, de famille, il n’est pas sans sexualité, et que la sexualité ne va pas sans la mort. Donner la vie vraiment, c’est déjà accepter de la perdre dans l’espérance qu’elle continue après soi.

En outre, il faut qu’une maman renonce à "son bébé" pour le laisser devenir un petit garçon, puis à "son petit garçon" pour le laisser devenir un homme : seulement si elle consent à ces pertes successives, elle retrouvera et gardera son fils. De même, un enfant doit renoncer à "sa maman" pour la laisser être aussi celle de ses frères, la femme de son mari, et elle-même tout simplement. Ainsi seulement il retrouvera et gardera toujours sa mère.

Laisser grandir ceux qu’on aime, c’est un peu les laisser mourir et mourir soi-même. Car la vie se transforme toujours à nouveau, si elle ne cesse.

Voilà pourquoi, mes amis, s’il n’est pas de manifestation plus incroyable de Dieu que sa venue cachée dans notre chair par une naissance semblable à la nôtre et jusqu’à la mort de la croix, il n’en est pas non plus de plus digne de foi.

Elle seul nous ouvre une espérance qu’aucune mort ne saurait plus fermer, celle de la résurrection finale, quand nos familles seront enfin réunies en une seule sainte Famille de Dieu pour une vie d’amour qui ne finira pas.

Si nous avons crié "Ho !" devant la mort du bien-aimé sur le bois, nous chanterons "Ha !" lorsque nous le reverrons dans sa gloire, dans la joie d’être rendus semblables à lui pour l’éternité.