Dimanche 4 janvier 2004 - Épiphanie du Seigneur C

Vous n’allez pas au Louvre pour rien.

Isaïe 60,1-6 - Éphésiens 3,2-3.5-6 - Matthieu 2,1-12
dimanche 4 janvier 2004.
 

Vous n’allez pas au Louvre pour rien.

Que vous soyez expert ou badaud, passionné ou blasé, otage ou gardien des lieux, vous y allez parce que ce musée, parmi les plus grands du monde, rassemble des œuvres maîtresses du génie humain de tous les continents et de toutes les époques, offertes à la contemplation de tout homme pour qu’il s’émerveille et se forme.

D’Amérique et d’Asie l’on vient aujourd’hui "faire" l’Europe en trois jours et le Louvre en trois quarts d’heure. C’est court. Mais le temps qu’on y passe n’est pas le tout de l’affaire, sinon les gardiens du musée seraient les plus cultivés des hommes, ce qui n’est pas forcément le cas.

Certains méthodiques s’appliquent à passer dans toutes les salles en portant le regard sur chaque pièce exposée. Ils veulent avoir tout vu. D’autres, plus éclairés, expliquent qu’il faut au contraire se fixer un programme précis et délimité, et s’y tenir. Divers sont les visiteurs, diverses leurs attentes et divers les fruits qu’ils recueillent de leur passage.

Et les Mages, quel genre de visiteurs sont-ils ? Ils viennent de loin à l’appel d’un astre qui signifie déjà leur humanité cultivée et ouverte. Mais, de surcroît, ils sont assez instruits pour y reconnaître l’étoile du roi des juifs et ils ont assez de foi pour croire qu’en se prosternant devant lui c’est Dieu même qu’ils adoreront.

Ils viennent donc droit frapper à la bonne porte, à Jérusalem. Et là, c’est le Livre qui les renseigne, promptement et avec exactitude. Remarquez bien qu’eux-mêmes ne l’ont pas ouvert, ils ne l’ont sans doute même pas vu. Mais les autorités compétentes ont convoqué les experts capables de lire et de comprendre, les scribes et les prêtres, ainsi la réponse leur est donnée sans difficulté en sorte qu’ils atteignent leur but : rencontrer et adorer le Messie d’Israël.

Mes amis, l’exemple des Mages doit nous éclairer sur la bonne manière d’aller au Livre, c’est-à-dire d’aborder la Bible.

L’Ancien Testament est l’annonce et la promesse du Messie à Israël, le peuple de Dieu. Le Nouveau est la découverte et l’annonce que la promesse est accomplie en Jésus, en faveur d’Israël et de tous les hommes : nous l’appelons donc "Christ", du mot qui traduit "Messie" en grec. Ainsi la Bible complète est elle-même "Épiphanie", c’est-à-dire manifestation du Fils de Dieu venu dans notre chair, et ainsi rendu visible à tous les hommes. C’est pourquoi nous acclamons l’évangéliaire comme si c’était Jésus Christ en personne.

Traduite en toutes les langues, la Bible est livrée à tout homme qui sait lire, comme le Louvre est ouvert à quiconque peut y entrer, mais l’embarras n’est pas moindre pour aborder un tel monument. Ces Écritures sont bien saintes et sacrées, et le Christ y est parfaitement annoncé et révélé : celui qui les aborde ne le fait pas pour rien. Pourtant, les visites furtives comme les lectures laborieuses ou machinales laissent ceux qui les tentent sans guide le plus souvent frustrés, indifférents ou perplexes.

L’art et la manière d’ouvrir le Livre, mes amis, s’apprennent ici, à la messe. Nous y venons à l’appel de notre foi orientant toutes les attentes de notre humanité, nous y entendons la Parole authentique, parce que le Livre est lu en Église et qu’alors le Christ lui-même nous enseigne, il rend notre cœur tout brûlant du désir de l’adorer et de le recevoir, ce qui s’accomplit pour nous à cet autel : celui que les Mages ont trouvé à Bethléem, la "Maison du pain", se donne à nous sous les espèces du pain et du vin.

Par la grâce de la communion nous sommes purifiés, pardonnés, sanctifiés, rendus semblables au Christ que nous avons reçu, et nous repartons "par un autre chemin" : notre voie n’est plus celle des hommes errants sous un ciel splendide et muet, mais celle des disciples de la vérité qui conduit à la vie éternelle.

C’est ici, à la messe dominicale, que nous devons trouver le goût, le désir et la juste façon fructueuse de fréquenter les Écritures au long des jours et des semaines, au cours des diverses liturgies qui nous rassemblent, au sein des groupes et des œuvres auxquelles nous participons, dans le partage avec des frères comme dans le secret de notre chambre.

En effet, ce n’est pas pour rien que nous allons au Livre dans l’Eucharistie, car le Verbe s’est fait chair par amour, afin de demeurer parmi nous jusqu’à ce que nous le voyions dans la gloire.