Dimanche 11 janvier 2004 - Baptême du Seigneur C

Je vais laver l’affront dans le sang

Isaïe 40,1-5.9-11 ; Tite 2,11 ; 3,4-7 ; Luc 3,15-16.21-22
dimanche 11 janvier 2004.
 

Je vais laver l’affront dans le sang.

Quand l’offense était trop grave, le mépris manifeste et l’humiliation insoutenable, le duel s’imposait, au moins jusqu’au premier sang qui risquait de devenir le dernier. Mais comment donc le sang pouvait-il laver l’offense ?

Si l’offenseur était vaincu, l’offensé se trouvait vengé, bien sûr. Mais si c’était l’inverse, ce qui arrivait d’autant plus souvent que certains des plus habiles aux armes se montraient volontiers provocateurs ? Eh bien, dans ce cas, l’offensé au moins prouvait par sa conduite qu’il préférait la mort au déshonneur et, du coup, sa vie fût-elle perdue, son honneur était sauf.

Pourtant, dans ce dernier cas, l’offenseur restait impuni, et le doute subsistait alors à son sujet : ne gardait-il pas gain de cause ? Au fond, l’idéal d’une telle logique aurait été que le sang coule des deux côtés.

Pour le baptême de Jésus, il en va ainsi.

Reprenons les faits. Jean Baptiste prêchait et administrait un baptême de conversion en vue du pardon des péchés pour tout le peuple. Pourquoi ? Parce que le peuple de Dieu l’avait offensé gravement de façon répétée au long de l’histoire de l’Alliance. Et voilà que la coupe était pleine, l’offense trop grave, le mépris manifeste. Le temps était venu de laver l’affront dans le sang !

Vous objecterez que Jean ne dit pas exactement cela. Oui, mais d’autres prophètes avant lui l’ont fait, annonçant un bain de sang montant "jusqu’au mors des chevaux" ! Et Jean, dans le passage qui est sauté au milieu du texte que nous avons entendu, précise que le feu qu’il évoque pourrait bien être celui de la destruction. Alors, que reste-t-il à faire puisque le châtiment est inéluctable et imminent ? Justement, dit Jean de la part de Dieu, car il n’agit pas de son propre chef, mais selon ce qui lui commandé d’En Haut, que chacun reconnaisse humblement son péché et peut-être Dieu fera-t-il grâce une dernière fois.

Et voilà que Jésus lui aussi reçoit ce baptême d’eau. Ainsi est annoncé et révélé ce qui sera son véritable baptême : sa mort sur la croix. Là sera versé le sang de l’homme pécheur. Non que Jésus ait lui-même péché le moins du monde, mais il a pris sur lui le péché du peuple, comme le montre son baptême par Jean. Et il est bien homme né d’une femme, fils de David, fils d’un sang pécheur. Mais il est aussi le propre Fils de Dieu, c’est pourquoi le sang qu’il verse peut nous sauver, nous laver de tout péché.

Jésus mourra sur la croix comme l’offenseur châtié afin qu’il soit reconnu coupable, mais c’est notre châtiment qu’il a pris sur lui, car il fut toujours innocent. Et il mourra en tant qu’offensé, car l’honneur de Dieu est que son Fils donne sa vie pour que soit vaincu le péché qui l’offense, afin que l’homme soit libéré de l’emprise du mauvais qui le défigurait.

Grâce au Christ, au feu de l’enfer, feu du châtiment inéluctable, peut se substituer celui de l’Esprit Saint donné pour le pardon des péchés et notre sanctification. À nous de choisir maintenant pour de bon entre les deux potentialité : à quel feu voulons-nous brûler ?

En effet, par notre baptême dans la mort du Seigneur, chers amis, nous avons reçu part à sa victoire. Mais, vivons-nous selon notre baptême ? Prions-nous comme le Christ pour recevoir l’Esprit ? Sinon, nous rendons vain son sacrifice en notre faveur.

Quand, au début, j’évoquais l’affreuse coutume du duel, certains ont dû penser qu’heureusement elle est bien dépassée et oubliée en notre temps. Voire. Ne croyez-vous pas que la façon dont nous vidons nos querelles aujourd’hui, dans les cours de récréation ou d’immeuble, en famille ou en entreprise, dans les affaires privées ou publiques, relève souvent de la même logique ? Ainsi la bouderie, dernier refuge de qui ne peut se venger autrement, se pratique toujours abondamment. Car, même si le boudeur est le plus puni, voire le seul, il garde la satisfaction de manifester hautement qu’il préfère l’isolement à la compagnie de son offenseur.

Vivre selon notre baptême, c’est renoncer à la logique de l’offense et de la vengeance pour entrer dans le mouvement de la grâce et du pardon. Telle est l’invitation qui nous est faite aussi bien par le prophète Isaïe dans la première lecture que par l’Apôtre Paul dans la seconde. Cessons de vouloir nous faire rendre gorge les uns aux autres à tout propos, pardonnons aux autres comme nous avons été pardonnés nous-mêmes et comme nous le sommes encore chaque jour : avec largesse et inlassablement. Sortons du cercle infernal d’un vieux monde enfermé dans les ténèbres de la haine, entrons dans l’amour et la lumière de Dieu.

Croyons que le sang versé du Christ a lavé l’affront fait par le péché à Dieu et à l’homme et communions ensemble à ce sang dans la charité pour notre salut et notre joie.