22 octobre 2000 - 29e Dimanche

Le grand roi Suleiman bin Daoud avait neuf cent quatre-vingt-dix-neuf femmes

Isaïe 53,10-11 - Hébreux 4,14-16 - Marc 10,35-45
dimanche 22 octobre 2000.
 

Le grand roi Suleiman bin Daoud avait neuf cent quatre-vingt-dix-neuf femmes, toutes insupportables, plus une, exquise et sage : Balkis. Comme les neuf cent quatre-vingt-dix-neuf l’accablaient de leurs cris et récriminations, Balkis disait à Suleiman : fais donc un signe de ton petit doigt, aussitôt les djinns et les efrits viendront emporter tes jardins dans l’obscurité, tes femmes seront terrifiées et elle deviendront sages. Mais le roi ne voulait pas faire usage de son pouvoir pour sa seule commodité.

Or, dans le jardin, une papillonne se disputait avec son papillon. Voyant cela, Balkis prend le papillon à part et lui dit : la prochaine fois que ta papillonne t’embête, menace-la de taper du pied, au point que les jardins disparaîtraient dans l’obscurité. Puis elle va chercher Suleiman. La papillonne revient, plus acariâtre que jamais, et le papillon la menace de taper du pied. Tape donc, dit-elle en ricanant d’un air de défi ! Le pauvre papillon, résigné à être ridicule, tape. Aussitôt, Suleiman, par jeu, pour Balkis et pour le papillon, fait un signe du petit doigt, et les jardins disparaissent dans l’obscurité, emportés par les djinns et les efrits.

Je serai gentille, je serai gentille, promet la papillonne affolée. Pendant ce temps, les neuf cent quatre-vingt-dix-neuf descendent en poussant de grands cris. Voyez, leur dit Balkis, ce que votre Seigneur Suleiman a fait pour un papillon : craignez maintenant de l’indisposer ou, gare à vous ! Nous serons sages, promettent les furies domptées. Et le roi eut enfin la paix.

Ce conte de Rudyard Kipling, qui évoque, sous un nom à peine déguisé, la figure du roi Salomon fils de David, est une méditation sur le pouvoir royal. Celui qui en est digne ne l’exerce pas pour son plaisir, mais pour le bien.

Les enfants, sûrement, vous voulez devenir grands, en particulier pour pouvoir faire enfin ce que vous voulez plutôt que ce qu’on vous dit. Mais le petit enfant qui fait un caprice fait ce qu’il veut : il a même le grand pouvoir d’embêter tout le monde et d’obliger, par exemple, sa maman à sortir avec lui de la salle de réunion.

Les grands de ce monde semblent prouver leur pouvoir quand ils font ce qu’ils veulent en dépit des lois et de la raison. En fait, ils ne sont alors que les esclaves de leurs désirs et les tyrans des hommes, comme n’importe quel garnement qui fait un caprice. C’est, hélas, souvent ce qui arrive, c’est pourquoi Jésus parle de "ceux que l’on regarde comme chefs". On pourrait traduire plus exactement : "ceux qui paraissent gouverner". En effet, ils en ont seulement l’air quand ils ne servent que leurs intérêts au lieu de prendre les mesures justes que réclame la situation.

Jésus, lui, montre le pouvoir suprême divin lorsqu’il entre librement dans sa passion. S’il le voulait, Dieu pourrait lui envoyer plus de douze légions d’anges, ce qui est autrement puissant que tous les djinns et les efrits du monde imaginaire. Mais comment refuserait-il la coupe que son Père lui donne à boire ?

Jésus pourrait faire ce qu’il veut, mais il préfère faire la volonté du Père. Telle est l’obéissance qui consacre le véritable roi de l’univers, celui qui seul est digne du pouvoir suprême.

Communions à l’obéissance du grand roi de la Paix en Dieu, Jésus fils de David, et nous aurons part à sa gloire.