29 octobre 2000 - 30e Dimanche

Peine perdue.

Jérémie 31,7-9 - Hébreux 5,1-6 - Marc 10,46-52
dimanche 29 octobre 2000.
 

Peine perdue.

Avez-vous entendu les mots que je viens de prononcer ? Non ? C’est normal : j’ai parlé au moment où tout le monde s’asseyait, exprès.

Si l’on n’est pas écouté, on perd sa peine à parler. C’est pourquoi l’orateur cherche plutôt, d’habitude, à capter d’abord la bienveillante attention de l’assemblée. Mais mieux vaut, alors, qu’il ait vraiment quelque chose à dire, sinon il fera perdre leur temps à ceux qui l’écoutent.

On me dit que la messe, pour les enfants, c’est long. Mais, devant un dessin animé fait pour cela, ils resteront bien collés à l’écran une heure, et même deux ou trois. Adultes, nous ne valons pas mieux que les enfants : que sexe et sang soient au programme, et nous serons fascinés jusqu’au bout. Les producteurs de spectacles racoleurs ne perdent pas leur peine : ils réalisent aisément leurs profits. En revanche, ceux qui les regardent et les écoutent n’en retirent que malaise et souillure de l’âme. Ils sont les perdants de l’affaire.

Quand Jésus sort de Jéricho et se dirige vers Jérusalem, il pourrait bien se demander s’il n’a pas perdu sa peine. Il a partout prêché et accompli le bien, la justice et l’amour, admirablement. Et voilà qu’il monte vers la ville de David pour y être condamné, outragé et crucifié. C’est alors qu’il trouve Bartimée sur son passage.

Ce mendiant aveugle est, pour Jésus, un signe de Dieu son Père, qui lui dit : Non, tu n’as pas perdu ta peine, et tu ne la perdras pas, car voici déjà les prémices de ton merveilleux salaire.

En effet, "Timée", en grec, évoque l’idée de prix, de paiement. Donc, "le fils de Timée", c’est le fruit du sacrifice que Jésus va faire de sa vie, selon ce qu’il vient d’annoncer, juste avant l’épisode d’aujourd’hui : "Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et pour donner sa vie en rançon pour la multitude."

Bartimée prie Jésus de toute son âme, parce qu’il croit en lui. Au premier appel de Jésus transmis par les disciples, il jette son manteau, autrement dit toute sa fortune, et bondit vers lui. Et tout le désir de cet aveugle est de voir.

On me dit que les chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres. Mais, si les chrétiens ne prient pas avec ardeur au nom de Jésus Christ, Fils de Dieu, s’ils n’acceptent pas, avec la grâce de Dieu, plus que les autres de renoncer à eux-mêmes pour l’amour de Dieu et de leur prochain, s’ils ne désirent pas, plus que tout, voir le Jour du Fils de l’homme, alors ils donnent à penser que Jésus a perdu sa peine pour eux.

Soyons donc fidèles à notre baptême ! Parfois, sans doute, il nous faudra faire des sacrifices douloureux, en communion avec celui du Christ. Mais, alors, Dieu ne manquera pas de nous donner, à nous aussi, des signes merveilleux de récompense, dès maintenant.

Et nous aurons ainsi un avant-goût du jour où l’on verra bien qu’aucune peine ne fut jamais perdue, car Jésus a tout recueilli, toute larme et tout soupir, en son corps donné pour nous.