Dimanche 2 février 2003 - La Présentation du Seigneur

Prêts ?

Malachie 3,1-4 - Hébreux 2,14-18 - Luc 2,22-40
dimanche 2 février 2003.
 

Prêts ?

Alors, on y va ? Mais où ?

On ne se prépare pas de la même manière pour gravir la montagne jusqu’au ciel, pour descendre dans les profondeurs ténébreuses ou pour prendre le large et passer la mer comme sur les ailes de l’aurore. On ne peut pas faire tout à la fois.

Mais cette fête d’aujourd’hui, et cet évangile que nous venons d’entendre, on dirait bien que c’est tout à la fois.

Il s’agit d’abord du "jour fixé par la loi de Moïse pour la purification". En effet, la Loi prévoyait qu’une femme, quarante jours après avoir accouché, accomplisse une démarche pour sa "purification". C’est bien pour cela que la fête d’aujourd’hui est fixée au 2 février, c’est-à-dire quarante jours après Noël, ou, plus exactement, le quarantième jour à compter du jour de Noël. Et, cette année, le 2 février tombe un dimanche, d’où la fête d’aujourd’hui. Il s’agirait donc d’une démarche rituelle concernant la Vierge Marie. Mais, curieusement, le grec parle littéralement de "leur" et non de "sa" purification.

De plus, il nous est dit aussitôt que "les parents de Jésus le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur". Or, aucune prescription de la Loi n’envisageait rien de tel. D’ailleurs, les enfants n’entraient pas vraiment au Temple, ils restaient avec les femmes dans le parvis prévu pour elles.

Et puis, le motif de cette présentation serait la consécration au Seigneur prévue pour "tout premier-né de sexe masculin". Cela, oui, était prescrit par la Loi. En fait de consécration, le premier-né en question devait être mis à mort, s’il s’agissait d’un animal, ou bien "racheté", dans le cas d’un enfant.

Le prix de ce rachat était fixé à cinq sicles d’argent. Or, il n’est pas question d’argent, mais seulement "d’un couple de tourterelles ou de deux petites colombes", c’est-à-dire précisément l’offrande prévue... pour la purification d’une femme pauvre ! Et puis, au fait, qu’est-ce qu’ils ont apporté, des tourterelles ou des colombes ? On ne sait pas. Décidément, tout est mélangé. Et ce n’est pas fini.

Quand on apportait une offrande d’animaux au Temple, on était reçu par un prêtre qui les prenait pour les sacrifier. Or, ici, pas de prêtre, mais seulement un certain Syméon qui accourt de la ville, poussé par l’Esprit, et qui ne prend aux parents aucune espèce de pigeons, mais carrément l’enfant ! Sur quoi, avec son précieux fardeau dans les bras, il bénit copieusement le Très-Haut en des termes qui les laissent stupéfaits. Par-dessus le marché, voilà « une femme prophétesse » qui se met à parler de l’enfant à tout le monde.

Ajoutons que notre fête, qui s’appelle maintenant "de la Présentation du Seigneur" se nommait traditionnellement "Chandeleur", c’est-à-dire fête des chandelles ou des lumières, qu’elle marquait la fin du temps de Noël et qu’elle s’accompagne toujours d’une procession avec des cierges qui évoque la veillée de Pâques ! C’est vraiment tout à la fois, n’est-ce pas ?

Eh bien oui, parfaitement. Il s’agit ici de la convergence de tous les aspects de la Loi, si multiples et si divers, qui trouvent leur aboutissement et leur unité là, sur la Croix. C’est là que tout s’éclaire et prend sens.

Sur l’autel de la Croix s’accomplit l’offrande que Jésus fait de lui-même à Dieu. Là est la consécration de la présentation constante du Fils au Père, lui qui dit en entrant dans le monde : "Me voici, je viens faire ta volonté." Et tous les sacrifices de l’ancienne Loi s’accomplissent en celui-là. Quand l’heure fut venue, Jésus a gravi la montagne jusqu’au ciel, puis il est descendu dans les profondeurs ténébreuses de la mort et, enfin, il est passé entièrement de ce monde à son Père.

Par la grâce de ce sacrifice est obtenue la purification de tous, celle des juifs, "leur purification", et celle des païens. Par le baptême, nous descendons dans la mort du Seigneur afin d’être élevés à sa vie de Ressuscité et d’avoir part au repas de sa Pâque.

Comme Syméon, dans un instant, je vais prendre le corps de Jésus dans mes mains et prononcer la bénédiction, les yeux levés au ciel. Car Jésus, qui est Prêtre éternel, m’a fait, parmi d’autres, prêtre de la nouvelle Alliance selon un sacerdoce ministériel nouveau, dont Syméon est la figure. Je vais offrir Jésus à son Père, nous allons l’offrir ensemble, car c’est ensemble que nous exerçons dans le Christ ce sacerdoce royal et inouï.

Voilà le mystère de notre Eucharistie, où nous sommes faits ensemble l’Église, dont Anne est la figure. Ainsi tout s’éclaire et, nous-mêmes, illuminés par la foi et le mystère du Christ, nous pouvons être envoyés répandre sa lumière dans le monde parmi toutes les nations.

Que chacun de nous, poussé par l’Esprit, soit prêt à se rendre à l’appel de Dieu, en toute occasion. Qu’il s’agisse de monter sur la montagne sainte, de descendre aux profondeurs de l’épreuve ou de porter plus loin l’aurore de Dieu qui se lève sur le monde, soyons prêts.

Mais n’oublions pas que ce n’est qu’en offrant le Fils à son Père, selon ce qu’il nous a dit de faire en mémoire de lui, que nous pouvons le recevoir afin d’être unis en lui et rassemblés en son corps. Voilà ce qu’il nous est donné de célébrer maintenant.

Alors, prêts ?