12 novembre 2000 - 32e Dimanche

Votre vie pleine de trous,

1 Rois 17,10-16 - Hébreux 9,24-28- Marc 12,38-44
dimanche 12 novembre 2000.
 

Votre vie pleine de trous,

qu’en faire, qui en voudra ?

Alors, évidemment, on se présente autant que possible en mettant ses avantages en avant, pour essayer de cacher les défauts. Quitte à se faire mousser, à enfler, à gonfler.

Pourtant, on peut plaire aussi en présentant sa faiblesse et ses nécessités, en offrant sa dépendance, sa demande et ses désirs. Les enfants le savent bien, ils en jouent aisément, et les adultes, parfois, ne sont pas en reste !

Mais la veuve de l’Évangile ne joue pas du tout quand elle jette ses deux piécettes dans le tronc.

En fait, en grec, il n’y a pas le mot pièce, mais seulement un adjectif qui signifie mince, ténu, littéralement pelé, épluché. On le dirait d’un objet ou d’un vêtement tellement usé qu’il est devenu idéal, comme dit Rimbaud de son paletot.

De plus, il n’est pas écrit, en grec, qu’elle a mis "tout ce qu’elle avait pour vivre", mais exactement "toute sa vie". Bien sûr qu’il s’agit d’elle-même, de sa propre vie, si usée qu’il n’en reste presque plus rien. C’est pourquoi Jésus énonce qu’elle a mis "son indigence", son manque, dans le tronc.

Au fait, pourquoi deux piécettes pour "une seule" veuve, comme le souligne curieusement le texte grec ? Peut-être d’abord parce qu’elle est veuve, elle qui est désignée précisément par son état de femme à qui manque son mari perdu, mais qu’elle n’oublie pas. Sûrement, en tout cas, à cause de celui qui, plus que quiconque, et pour tous, a offert sa propre misère à Dieu.

Voyez Jésus sur la croix, plein de blessures ouvertes, sa vie n’y est presque plus rien. Et c’est alors qu’en l’offrant, il offre plus que tout le monde, absolument.

C’est bien avec la vie sacrifiée de Jésus que la veuve jette la sienne dans le trésor. Car, ce qu’on a traduit "tronc" est, en grec, un mot étrange : gazofulakeion, littéralement "la garde du trésor". "Gaza", c’était le trésor des rois de Perse !

La garde du trésor prodigieux, c’est le cœur de Dieu, où brille plus merveilleusement que toutes les grandeurs plus ou moins vaines de ce monde la confiance totale d’une pauvre veuve, offerte en communion avec celle, parfaite, du Fils bien aimé.

Ce bien aimé qui fut mis en croix, c’est lui qui est assis maintenant à la droite du Grand Roi, et il voit chacun s’approcher avec ses offrandes.

Que disons-nous dans nos prières, mes frères ? Notre satisfaction de tout ce que nous avons fait de bien et notre fierté de tout ce que nous sommes de prestigieux ? Pauvres de nous, alors ! Sachons plutôt présenter notre vie pleine de fautes et de faiblesses à celui qui pardonne et qui n’a pas de mépris pour le cœur contrit.

C’est cette vie que le Père veut recueillir en offrande dans celle de son Fils, parce que, pauvres que nous sommes, nous avons beaucoup de prix à ses yeux.