Dimanche 25 janvier 2004 - Troisième Dimanche

Il faut aussi y mettre du sien

Néhémie 8,1-6.8-10 - 1 Corinthiens 12,12-30 - Luc 1,1-4.4,14-21
dimanche 25 janvier 2004.
 

Il faut aussi y mettre du sien.

Cette règle vaut pour tous et partout. Apprendre sans effort ? Balivernes ! Être membre sans participer ? Plaisanterie ! Toujours prendre et ne jamais donner ? Vous vous moquez !

Voilà donc que Luc a décidé de s’y mettre. Il nous explique comment : puisque d’autres ont écrit des récits évangéliques, il en écrit un lui aussi. Nous comprenons qu’il s’est senti non moins autorisé à le faire que ses prédécesseurs, mais pourquoi ajouter une nouvelle œuvre aux leurs : ne suffisaient-elles pas ?

En effet, c’est exactement ce que Luc donne à entendre avec délicatesse : les exposés en usage n’étaient pas assez "suivis" pour que Théophile puisse "bien se rendre compte de la solidité des enseignements qu’il avait reçus". Autrement dit, les Théophile du temps de saint Luc, c’est-à-dire les hommes qui aimaient Dieu et apprenaient à le découvrir dans l’Église, avaient connaissance de nombreux gestes et paroles du Seigneur plus ou moins assortis de certaines interprétations, mais sans qu’un projet d’ensemble satisfaisant pour l’esprit s’en dégage simplement. Saint Luc veut donc composer un livre complet en intégrant les éléments disponibles dans un ordre qui fasse apparaître leur cohérence logique.

Voilà donc ce qu’il annonce au début de son évangile, comme nous venons de l’entendre. Et nous avons entendu aussi le début de l’épisode de Jésus à la synagogue de Nazareth, passant par-dessus sa naissance, son enfance, son baptême et ses tentations pour y arriver. Nous voilà au moment où Jésus va entrer en action.

En fait, cet épisode de la synagogue de Nazareth suppose explicitement que Jésus ait déjà accompli certaines œuvres de puissance à Capharnaüm, ce dont il n’a pas encore été question dans l’évangile. En effet, Luc déplace cette prédication de Jésus, il l’avance, pour la situer comme un prologue à l’entrée en action du Messie. Ainsi nous entendons Jésus proclamer le sens de tout ce que nous allons lui voir faire : il est venu, envoyé par Dieu qui l’avait annoncé par les prophètes, porter aux pauvres la Bonne Nouvelle, l’Évangile.

Est-ce que vous mesurez, frères, l’audace de Luc, cet homme qui décide d’écrire l’évangile à sa manière ? Comment peut-on prendre une telle initiative, et surtout, comment Dieu peut-il non seulement la tolérer, mais même la consacrer ?

Remarquons que cela ne se fait pas n’importe comment. D’abord, Luc s’inscrit dans la fidélité et l’obéissance à ce qui fait déjà autorité : il ne prétend pas donner un enseignement nouveau, mais au contraire contribuer à la reconnaissance par tous de la solidité des enseignements reçus. Ensuite, vous savez que Luc fut un compagnon de Paul sur les routes de la première évangélisation. Loin de prétendre rivaliser avec lui dans cette aventure, il s’y est toujours montré un auxiliaire docile et fidèle de l’Apôtre.

En somme, saint Luc a vécu ce que nous avons entendu saint Paul, justement, nous décrire dans la deuxième lecture comme le fonctionnement sain et heureux du corps ecclésial : que chacun y tienne sa place de manière à contribuer, selon ses capacités et les appels de l’Esprit, au développement et à la cohésion du tout.

Si nous avions foi en cette Parole, qui est parole de Dieu, nous ne serions plus encombrés par les rivalités, jalousies ou malveillances entre nous. Nous serions contents de tout ce qui se fait de bien parmi nous, et nous n’aurions aucune gêne à nous y mettre aussi, chacun pour sa part. Telle est la bienheureuse humilité que Dieu donne, celle qui nous fait un cœur de pauvre vraiment capable d’accueillir avec joie la bonne nouvelle annoncée, en sorte que nous décidions de nous y mettre, nous aussi, autant qu’il nous est possible.

Je dis "si" nous avions foi en cette Parole : est-ce donc que nous n’y croyons pas du tout ? Parfois on en aurait bien l’impression !

Dieu a tout fait pour nous, frères, mais il faut que nous y mettions aussi du nôtre. Allons, reconnaissons notre peu de foi et demandons la grâce de croire pour de bon, alors nous ferons merveille, l’Esprit Saint et nous !