Dimanche 1er févier 2004 - Quatrième Dimanche

Que ça vous plaise ou non, mes amis, je commence ainsi.

Jérémie 1,4-5.17-19 - 1 Corinthiens 12,31-13,13 - Luc 4, 21-30
dimanche 1er février 2004.
 

Que ça vous plaise ou non, mes amis, je commence ainsi.

Un peu offensif, non, comme début ? Plutôt autoritaire et provoquant, semble-t-il.

Mais l’intention n’est pas forcément d’attaquer l’auditoire, il y a peut-être simplement urgence d’obtenir une adhésion : à la réalité d’abord, ensuite à une action nécessaire et vitale.

Par exemple, nous sommes en montagne, en pleine tempête. Le guide nous presse : c’est par là, je vous le dis, la montée est glissante et périlleuse, certes, mais il n’y a pas d’autre chemin, et si vous ne le prenez pas avec moi vous vous perdrez. Il faudrait être fou pour ne pas le suivre. Ou encore, vous êtes en bateau, au milieu d’un périple difficile et plein de dangers, et le capitaine est le seul à savoir naviguer. Même si vous le trouvez très agaçant et désagréable, irez-vous jusqu’à le jeter à l’eau ?

De même, Jésus, en prenant ses auditeurs de front, ne veut pas les perdre, mais les sauver. L’exemple de la veuve étrangère et du païen purifié "à la place" des enfants d’Israël est clair : Dieu est prêt à accorder aux païens d’abord le salut promis à son peuple, s’il résiste à sa parole.

À leurs enfants, les parents prêchent le partage : celui qui a reçu une grosse boîte de chocolats pour son anniversaire, qu’il en donne un peu aux autres. Mais, là, ce serait plutôt : donne-leur tout ce qu’ils veulent, et puis tu en prendras ensuite, s’il en reste ! Aucun parent digne de ce nom n’en exigerait autant.

En fait, ce qui est exigé d’Israël au moment de la venue du Messie n’est pas un tel retournement, mais seulement le renoncement à tout autre privilège que celui d’être le peuple choisi et bien-aimé en vue, justement de ce salut universel. En somme, il en va comme pour l’enfant à qui l’on dirait : sois heureux d’être celui par qui la boîte de chocolats arrive, et ouvre-la largement à tous sans te soucier d’en garder plus qu’un autre, d’ailleurs, vois, elle est inépuisable ! Certes, une telle générosité nous semble étonnante, elle n’en est pas moins "juste" et recommandable.

Mais le refus du peuple, entraîné pas ses chefs jaloux de leurs prérogatives et incapables d’accueillir la générosité de Dieu, le conduit précisément à la situation du renversement total, au-delà de tout ce qu’il semble possible de demander à l’homme.

Or, un homme, Jésus, est allé jusque-là. Le Fils de Dieu n’avait aucun besoin de salut pour lui-même, mais il s’est fait semblable aux pauvres pécheurs par amour pour eux. Bientôt il sera poussé hors de la ville et dressé sur le bois. Sur la croix, il entendra : "Médecin, guéris-toi toi-même, descends donc ! Il en a sauvé d’autres, qu’il se sauve lui-même !" Et il criera jusqu’à la mort, et ce sera sa Pâque, son "passage".

Vous comprenez que le fragment évangélique que nous avons entendu est la prophétie du salut de tous obtenu par la croix du Christ Jésus, et reçu par beaucoup de païens tandis que la plupart des juifs ne l’accepteraient pas.

Aujourd’hui encore, pour nous tous, l’écueil est le même, et c’est la croix. Mais Jésus nous dit : que ça vous plaise ou non (et, bien sûr que cela ne vous plaît pas !), je commence ainsi. Ici commence pour nous l’œuvre d’amour de Dieu en notre faveur, il n’y a pas d’autre chemin. Nous sommes tentés, comme tout le monde, de dire : il est fou, c’est impossible, c’est trop dur ! Et quand nous commençons à comprendre quel est le vrai chemin de Jésus, nous voudrions le balancer par-dessus bord plutôt que de devoir suivre plus loin sa route de malheur. Mais, au contraire, seuls ceux qui sont plongés avec lui dans sa mort connaissent le bonheur.

En effet, vous le savez, le bonheur, c’est l’amour. Hélas, depuis le péché, que ça nous plaise ou non, l’amour n’est plus simple pour nous. Mais pour qui commence à voir en Jésus sur la croix l’amour et la source de l’amour, le bonheur est sûr, maintenant à jamais.