Dimanche 8 février 2004 - Cinquième Dimanche

Pour une capture, le mariage est une capture !

Isaïe 6,1-8 - 1 Corinthiens 15,1-11 - Luc 5,1-11
dimanche 8 février 2004.
 

Pour une capture, le mariage est une capture !

Mutuelle.

C’est effrayant de tomber en possession de l’autre pour la vie : sera-t-il, sera-t-elle, un pouvoir bienveillant et généreux ou une tyrannie perverse et destructrice ? Et moi-même, serai-je à la hauteur ?

Cette dernière question est plutôt celle qui motive l’effroi de Pierre lorsqu’il voit venir Jésus avec la pêche miraculeuse.

La foi de Pierre est grande, et exemplaire. Il se met docilement au service de l’orateur qui lui demande de l’emmener dans sa barque à quelque distance du rivage. Et malgré le caractère surprenant de l’injonction du Seigneur, il part jeter ses filets en eau profonde, non sans préciser qu’il agit ainsi "sur la parole" entendue. Pierre croit à la parole de Jésus.

Or, voilà que le résultat de l’opération s’avère abondant au-delà de toute attente. Quelle réaction aurions-nous à la place du pêcheur ? Avec notre mentalité d’organisateurs, nous nous frottons les mains quand il y a du monde : bonne affaire ! S’il y en a trop, nous connaissons les affres du risque de débordement, de rixes, de panique... Mais un bon organisateur a toujours prévu une solution à toute éventualité.

Or, Pierre ne se frotte pas les mains, il ne se précipite pas non plus sur les filets qui craquent pour éviter la catastrophe, non, il tombe aux pieds de Jésus en le priant de partir, parce qu’il a compris que l’homme qui est monté dans sa barque n’est autre que Dieu.

Pierre pressent l’incroyable association qui va s’offrir à sa foi : le Seigneur lui destine sa propre mission et ses propres fidèles. Comment ne serait-il pas terrifié à l’idée de devoir être à la hauteur d’une telle alliance pour la vie avec Dieu, lui qui n’est qu’un pauvre homme marqué de faiblesse et de péché ? Comment ne craindrait-il pas d’être ainsi capturé ?

"Capturer" est en effet le sens littéral du verbe grec traduit par "prendre" dans la parole du Seigneur : "Désormais ce sont des hommes que tu prendras." Tel est bien le projet du Seigneur : faire de tout homme son "captif" par la foi. Cette idée nous heurte et nous indigne ?

Voyez d’abord comment lui-même a consenti, par amour, à se laisser capturer par les hommes pervers et destructeurs, et qui l’ont détruit : trahi, vendu, humilié, battu et tué. Voyez comme il est bien captif sur la croix.

S’il s’est ainsi donné à nous, c’était afin que nous nous donnions à lui en retour, pour une alliance de vie avec lui par-delà le péché et la mort. Ainsi seulement nous sommes enfin rendus vraiment libres, parce que libérés de ce qui nous empêche de vivre et d’aimer.

C’est pourquoi la foi est toujours au fond un "tout laisser pour suivre Jésus", et ne peut être moins que cela. Les Apôtres illustrent de manière éclatante cette loi de la Nouvelle Alliance, eux qui sont établis responsables de la foi des autres, mais elle est la même pour tous les disciples dignes de ce nom.

Ainsi, Pierre tient certes le filet qu’il jette et qu’il remonte, mais il est aussi dedans, avec tous ceux qu’il ramène. Et, de même que le don essentiel fait à Pierre n’est pas autre que celui fait à tous, de même son effroi devant la responsabilité particulière qui lui est confiée ne doit pas être plus grand que celui qui peut saisir chacun de nous à la seule idée d’entrer en alliance avec Dieu lui-même. Mais à chacun comme à Pierre Jésus dit : Sois sans crainte, mets seulement en moi ta confiance.

Pour une Alliance d’amour, la foi est une Alliance d’amour !