Dimanche 15 février 2004 - Sixième Dimanche

Quand on connaît l’auteur, on comprend mieux ce qu’il veut dire.

Jérémie 17,5-8 - 1 Corinthiens 15,12.16-20 - Luc 6,17.20-26
dimanche 15 février 2004.
 

Quand on connaît l’auteur, on comprend mieux ce qu’il veut dire.

C’était un brillant docteur et un fameux médecin, et l’on venait de loin pour l’entendre et se faire guérir. Comme il y avait beaucoup de monde, il avait aussi deux assistants. Le premier s’évertuait à enseigner et à soigner ceux qu’il pouvait. Le second, quant à lui, disait à tous : votre malaise est seulement l’idée que vous vous en faites, prenez les choses en positif, dites-vous que tout va bien et tout ira bien pour vous.

Lequel des deux, à votre avis, était fidèle à la doctrine et à la pratique du maître ? Bien sûr, vous ne pouvez pas le savoir, puisque je ne vous ai pas dit qui il était.

Mais considérons maintenant qu’il s’agit de Jésus. En effet, le découpage liturgique a fait sauter, dans le passage que nous venons d’entendre, le motif pour lequel tous ces gens venaient le voir : ils venaient l’entendre et se faire guérir de leur maladie, et ils cherchaient à le toucher "parce qu’une force sortait de lui qui les guérissait tous." Alors, lequel des deux assistants adopte une attitude plus conforme à celle de Jésus, qu’en pensez-vous ?

Eh bien, ce n’est sûrement pas le second. Vous avez entendu les béatitudes et les malédictions de Jésus selon saint Luc : la clef d’interprétation de ce texte déroutant est l’opposition qu’il évoque entre les prophètes et les faux prophètes pour construire la distinction entre les disciples dignes de ce nom et les faux témoins du Christ.

Quiconque est fidèle au Christ ne peut échapper à la pauvreté d’une attitude humble, dépendante et désirante envers Dieu qui doit se refléter dans la façon de posséder ou d’user des richesses et des biens de la terre, ou encore d’en manquer. De même encore, le vrai disciple du Christ ne saurait éviter de pleurer sur ses péchés ni de déplorer les détresses de l’Église et les misères du monde. Enfin, comment pourrait-il ne pas s’exposer à toutes sortes d’avanies à cause de sa foi et de sa pratique ?

À l’inverse, ceux qui prétendent faire de la condition chrétienne une situation tranquille et satisfaisante de religion bien tempérée pourvu qu’on prenne les choses de la vie avec philosophie, ceux surtout qui font profession d’enseigner de telles vues, ne sont ni plus ni moins que de faux témoins du Christ, successeurs et héritiers des faux prophètes bibliques.

Le Christ convoque ses disciples à un travail et à un combat menés avec une grande ardeur : lui-même a soupiré dans l’attente de ce feu qu’il était venu allumer sur la terre. Mais, attention, il ne suffit pas de se démener : il s’agit de se livrer à son œuvre et à son combat à lui, lui qui est mort sur la croix en sacrifice d’amour, lui qui est doux et humble de cœur, plein de patience et de miséricorde.

Il se donne en récompense à qui l’accueille et le suit, en sorte qu’au milieu même des travaux et des combats il est le bonheur de ses disciples. Ce bonheur, qui est la connaissance de Jésus Christ tel qu’il est, est une avance qui nous est faite sur la résurrection. Ainsi nous éprouvons que notre vie nous est donnée non pour en jouir un temps en attendant la mort, mais pour accomplir les œuvres de Dieu en vue du salut du monde qui se révélera à la fin des temps.

Quand on connaît l’auteur de la vie, on en comprend mieux le sens et la joie.