Dimanche 22 février 2004 - Septième Dimanche

Passons à l’acte

Samuel 26,2...23 ; 1 Corinthiens 15,45-49 ; Luc 6,27-38
dimanche 22 février 2004.
 

Passons à l’acte, les travaux pratiques, il n’y a rien de tel pour bien comprendre.

Prenez quelqu’un qui vous empoisonne. Quelqu’un qui vous tape sur l’existence et vous gâche la vie. Quelqu’un dont, évidemment, vous aimeriez bien être débarrassé d’une manière ou d’une autre ; et s’il lui arrivait quelque chose de désagréable, ce serait bien fait pour lui. Ça y est, vous le tenez ?

Bon. Maintenant, appelez-le "ennemi". Vous hésitez, vous pensez : "Quand même, ce n’est pas à ce point-là" ? Mais si ! Un ennemi, c’est cela. Jésus ne nous parle pas en l’air : s’il nous demande d’aimer nos ennemis, c’est que nous en avons.

Alors, justement, à présent regardez-le, lui, là-haut sur sa croix. Pensez-vous qu’il veuille éliminer votre ennemi, qu’il lui souhaite un accident ou une maladie ? Sûrement pas : il a donné sa vie pour lui, comme pour vous. Il veut qu’il se convertisse, comme vous, et il n’a qu’amour et bienveillance pour lui, comme pour vous.

Alors, ce n’est pas que vous ayez le cœur à ça, mais, à cause de Jésus, vous allez renoncer à souhaiter la disparition de votre ennemi : tant pis, il faudra bien le supporter, et même, pour autant que cela dépendra de vous, vous agirez plutôt de manière à lui rendre la vie plus agréable.

Regardez ce que vous avez fait ! Vous venez de réaliser la parole du Christ : "À celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre." Lui-même, lorsqu’au cours de sa Passion le serviteur du grand prêtre le frappera, ne lui dira pas : "Frappe de l’autre côté !", mais : "Pourquoi me frappes-tu ?". Il offrira ainsi à cet homme une chance de dialogue, au risque de recevoir un autre coup. De cette manière, il mettra en pratique sa propre parole, non pas littéralement, mais dans l’esprit et non moins réellement. C’est aussi ce que vous venez de faire en supportant votre ennemi, risquant ainsi qu’il vous empoisonne encore.

Il vous prenait la tête, vous lui donnez aussi le cœur. N’est-ce pas une excellente manière de mettre en application : "À celui qui te prend ton manteau, laisse prendre aussi ta tunique" ? Il vous volait votre tranquillité, et vous lui donnez votre attention.

Croyez-vous que, devant tant de bonté, votre ennemi va bientôt changer ? Vous ne vous faites pas tant d’illusions : en réalité, il y a fort peu de chances que cela arrive. En choisissant d’être plus miséricordieux vous n’en êtes pas devenu moins intelligent. Vous savez que Jésus lui-même n’a pas désarmé ses persécuteurs par sa bienveillance inlassable. Ainsi, vous avez prêté "sans rien espérer en retour", comme il nous a commandé de le faire.

Eh bien, félicitations, voyez comme votre récompense est déjà grande : la haine s’est éteinte dans votre cœur, et vous voilà libéré d’un grand poison. À vrai dire, il y a déjà bien plus que cela.

Vous avez agi avec bonté et patience alors que vous n’aviez pas le cœur à ça : comment avez-vous fait ? Vous avez, en quelque sorte, emprunté le cœur de Dieu pour agir comme lui. Et ce prêt qu’il vous a consenti, il ne vous le réclamera pas. Ce cœur qui Christ qui agissait en vous avec amour quand vous en étiez encore à haïr votre ennemi, il vous est donné pour que vous le gardiez comme un cœur de chair en place de votre cœur de pierre.

Vous avez agi avec autrui non pas selon la mesure humaine, qui répond à la haine par la haine, mais avec la mesure de Dieu qui nous a aimés dans le Christ alors que nous étions encore ses ennemis. Et cette mesure-là servira certes pour vous, comme vous demandez qu’elle serve aussi pour vos ennemis.

Pour une telle merveille, frères, passons à l’action de grâce.