Dimanche 29 février 2004 - 1er dimanche de Carême

Il faut avouer que c’est tentant.

Deutéronome 26,4-10 - Romains 10,8-13 - Luc 4,1-13
dimanche 29 février 2004.
 

Il faut avouer que c’est tentant.

Faut-il ? Faut-il vraiment avouer qu’on est tenté : de prendre ou de frapper, de mordre ou de croquer ? Faut-il à chaque fois reconnaître qu’on a un faible pour ceci ou pour cela, pour celui-ci ou pour celle-là ? Faut-il dire toutes ses envies : envie de l’autre, envie de tout, envie de rien, envie de mort ?

Ce serait invivable ! Au contraire, nous repoussons les mouvements interdits ou malséants, nous les empêchons de nous venir même à l’idée. Et quand on a la chance d’être plutôt bien élevé et prospère sans excès, on y arrive assez bien.

Alors on est tenté de se penser au-dessus du lot, en fait de mauvais penchants, de se croire plus fort que les autres, et même plutôt bon, au fond. Et ça, il faut avouer que c’est la pire des tentations. La preuve nous en est donnée par Jésus aujourd’hui.

Lui-même, le Fils de Dieu, a été tenté dans sa faiblesse humaine : qui donc, maintenant, pourra prétendre être fort ? Certes, il s’est montré vertueux, autant que quiconque. Qui pourrait en douter : n’a-t-il pas été bien élevé ? Quant à la prospérité, rien n’indique qu’il ait jamais manqué du nécessaire. D’ailleurs, le Dieu tout-puissant qui règne au plus haut des cieux aurait-il laissé son enfant chéri manquer de quoi que ce soit sur la terre ?

Mais comment Dieu peut-il laisser des enfants mourir de faim ? Et pourquoi donne-t-il pouvoir sur les personnes et sur les peuples à des hommes injustes, cupides, violents ou même fous ? Et pourquoi n’empêche-t-il pas les accidents ?

Il faut avouer, mes amis, que l’homme est tenté dans ces interrogations. Et Jésus ne l’aurait pas été, lui qui est le Bien-aimé et le Messie du Seigneur envoyé en sauveur à son peuple et à tous les hommes ?

Notre péché, le péché depuis l’origine, le pouvoir du démon sur notre pauvre création, c’est justement de succomber à cette tentation : de faire procès à Dieu de toutes nos misères et de toutes nos détresses. Mais Jésus, lui, a supporté l’épreuve jusqu’au bout, jusqu’à la croix. Et, en tout cela, il n’a imputé aucun mal à Dieu.

Ne disons plus que la chair, dans sa faiblesse, ne peut que pécher : Jésus, rempli de l’Esprit Saint, a vaincu dans notre faiblesse pour racheter notre chair de péché.

Ne disons plus que nous sommes sans péché : c’est pour nous en délivrer que le Christ a supporté les assauts du diable, et qu’il l’a vaincu. Et c’est pour nous établir dans la sainteté qu’il est ressuscité.

Il faut avouer que nous sommes tous pauvres, opprimés et misérables sous le joug du péché, comme les Hébreux sous le dur esclavage d’Égypte, et que nous avons absolument besoin du pardon et du salut de Dieu. Cessons tout à fait de nous enorgueillir de notre relative justice et d’accabler de notre mépris hautain nos frères malheureusement plus dépravés.

Il nous faut surtout confesser, de tout notre cœur et de toute notre force, l’amour inlassable du Dieu tout-puissant et la victoire pour nous de son Fils venu en notre chair.