Mercredi des Cendres, 25 février 2004 - Entrée en Carême

Où sommes-nous ?

Joël 2,12-18 - 2 Corinthiens 5,20 - 6,2 - Matthieu 6,1-6.16-18
mercredi 25 février 2004.
 

Où sommes-nous ?

Dans un meeting électoral ? Ces réunions où les partis, ou les courants à l’intérieur des partis, tentent de faire étalage de leur force pour s’imposer sont, en effet, de nouveau de saison. Mais ce temple n’est pas un lieu pour ce genre de démonstration.

J’ai dit "temple" ? Les cérémonies religieuses à la manière des hommes sont, il est vrai, aussi souvent conçues comme des démonstrations : il s’agit d’impressionner. Impressionner le peuple, les chefs, les visiteurs étrangers, et peut-être aussi accessoirement la divinité, s’il en est une.

Pour nous, chrétiens, il n’en va pas ainsi : nous n’avons rien à démontrer à personne, ni gloire ou pouvoir à convoiter.

Notre rassemblement est une réunion de famille : nous sommes les enfants de Dieu venus à l’appel de notre Père. Il nous a convoqués parce qu’il veut s’occuper de nous, comme un père s’occupe de ses enfants.

Ici apparaît un paradoxe bien connu de notre liturgie : s’agit-il pour chacun de prier en lui-même, sans se laisser déranger par ses voisins, ou bien notre rencontre doit-elle être un événement communautaire ? Les deux, bien entendu, et l’un par l’autre.

Ce "Père qui voit dans le secret", dont nous parle Jésus, s’occupe bien en effet de chacun de ses enfants personnellement, et chacun de nous doit être pénétré de cette rencontre personnelle au sein de l’assemblée liturgique.

Mais si Dieu prend soin des fidèles, c’est pour en faire de véritable fils, dignes de ce nom, pour qu’ils deviennent toujours plus et mieux ce qu’ils sont par leur baptême : ses enfants dans son Fils unique Jésus Christ. Or, ce qui manifeste que nous sommes les enfants de Dieu, c’est l’amour fraternel qui nous unit. Et nos célébrations liturgiques sont bien le lieu "source" de la réalisation de cet amour entre nous.

Ainsi, si notre assemblée constitue finalement quand même une démonstration, c’est celle que Dieu lui-même nous fait : de sa miséricorde qui nous guérit patiemment du péché et de toute division, de son amour inlassable de Père, et de l’efficacité de sa grâce qui fait de nous vraiment et toujours mieux un peuple de frères.

En recevant les cendres au seuil de ce carême, demandons la grâce, pour chacun de nous, de progresser dans l’amour filial envers le Père de Jésus Christ notre Seigneur, apprenant ainsi toujours mieux à nous aimer les uns les autres.

Et Dieu fera alors lui-même, en son Église, démonstration au monde du salut qu’il lui a acquis dans la Pâque de son Fils.