Dimanche 7 mars 2004 - 2e dimanche de Carême

Nous aimons pouvoir tout embrasser d’un seul coup d’œil.

Genèse 15,5-12.17-18 - Philippiens 3,17 - 4,1 - Luc 9,28-36
dimanche 7 mars 2004.
 

Nous aimons pouvoir tout embrasser d’un seul coup d’œil.

"Panorama", "Point de vue", l’invitation nous fait grimper allègrement jusqu’au lieu d’où se contemple un vaste paysage.

Jésus n’a sûrement pas eu de mal à faire venir Pierre, Jean et Jacques avec lui sur la montagne. Mais ce qu’il leur donne à contempler, c’est lui-même transfiguré, avec Moïse et Élie apparus dans la gloire.

Déjà Dieu avait dit à Abraham : "Regarde le ciel, compte les étoiles si tu peux. Vois quelle descendance tu auras !" Puisque la descendance d’Abraham est le peuple élu et que "le ciel", c’est Dieu, Abraham en regardant sa descendance dans le ciel a contemplé le peuple élu en Dieu.

Telle est aussi la vision des Apôtres sur la montagne dans la version de l’évangéliste saint Luc. Il est le seul, en effet, selon qui la voix venue de la nuée désigne le Fils comme "celui que j’ai choisi" plutôt que comme " le Bien-aimé". En Jésus, "l’Élu", s’accomplit toute l’ancienne Alliance et se trouve récapitulé le peuple de Dieu. C’est pourquoi Moïse et Élie apparaissent dans la gloire de Jésus et "s’en vont" pour ne laisser que lui, seul.

À Abraham, avec une descendance, Dieu promet une terre. Et, en réponse à la demande du patriarche, pour sceller cette promesse il va passer entre les animaux coupés en deux, sous les signes du four fumant et de la torche enflammée, présages de malheur et de bonheur. Ce sacrifice signifie l’avenir de l’Alliance : l’esclavage du peuple en Égypte, les révoltes multiples au long de l’histoire, mais la faveur inlassable de l’amour du Seigneur qui prendra part, mystérieusement, au sort d’Israël dans toutes ses tribulations.

Ainsi, ce sacrifice annonce la croix du Christ, Fils de l’homme et Fils de Dieu : la Passion de Jésus est à la fois l’épreuve et la souffrance de l’Élu du Seigneur, et la participation du Seigneur aux souffrances de l’Élu.

Les disciples eux-mêmes se trouvent associés à cet événement lorsque la nuée les couvre de son ombre et les enveloppe, à leur grande frayeur. En effet, il leur sera donné d’avoir part au sacrifice du Christ dans le martyre, c’est-à-dire dans le témoignage rendu à sa gloire de Fils de Dieu sauveur.

Voyez, frères, la formidable unité du dessein d’amour de Dieu qui nous unit en lui, depuis Abraham jusqu’au dernier des croyants, depuis Adam jusqu’au dernier des rachetés. Contemplons cette terrible unité à laquelle nous avons part si seulement nous ne refusons pas de participer à la Pâque du Seigneur qui est mort et ressuscité pour nous.

Dans la foi, nous voyons en Jésus le Christ, en sa personne unique parfaitement unie au Père et à l’Esprit, toute l’histoire de la Création sortie bonne et sainte des mains du Créateur, tombée au pouvoir du mauvais, gardée par Dieu dans l’espérance du salut à travers les Alliances successives, sauvée par le Messie d’Israël, promise à la gloire même de Dieu. Et nous voyons l’Église qui est comme le "sacrement" de cet avenir merveilleux.

Forts de cette vision, nous accepterons, autant que la nécessité divine s’en fera sentir, de plonger dans l’obscurité et le silence de l’épreuve où, pour goûter avec le Christ l’amertume des souffrances et de la mort, nous ne serons pas moins, en lui, enveloppés de la tendresse et de la faveur divine. Nous monterons volontiers avec lui au Calvaire, car notre espérance est certaine d’avoir part à sa résurrection glorieuse.

Et c’est en lui, le Fils unique et bien-aimé de Dieu, que nous sommes tous appelés dès maintenant à nous aimer d’un seul cœur pour l’éternité.