Dimanche 28 mars 2004 - Cinquième dimanche de Carême

Facile à dire

Isaïe 43,16-21 - Philippiens 3,8-14 - Jean 8,1-11
dimanche 28 mars 2004.
 

Facile à dire.

Ce n’est pas grave, ne recommencez pas, soyez sages... Mais comment donc !

Ces paroles qui ne coûtent rien à celui qui les énonce, ces recommandations dont il importe peu qu’elles soient suivies d’effet, combien de parents, de médecins ou de prêtres n’en débitent-ils pas à l’envi ?

"Je ne te condamne pas, va et ne pèche plus", n’est-ce pas un peu trop facile à dire ?

Pensez à l’actualité : si tous les criminels étaient traités avec la même mansuétude, il y aurait du souci à se faire pour l’avenir de la société.

Certains diront peut-être que l’adultère n’est pas si grave. Allez donc raconter cela au mari trahi et bafoué. Expliquez-le aux enfants perturbés et déboussolés.

La fidélité d’une femme est le rempart et la clarté du foyer.

La Bible parle des péchés d’idolâtrie du peuple de Dieu en termes d’adultères envers lui. Ce n’est pas grave, l’infidélité d’Israël ? Ces apostasies sont une offense terrible à Dieu et elles mettent en échec son plan de salut pour le monde.

Grave, oui, gravissime est la trahison de l’amour consacré dans le mariage, de la fidélité jurée pour toujours. Voilà ce que dit la Loi en énonçant que ce crime est passible de mort, et c’est ce qu’elle doit dire. Car la Loi n’est pas irresponsable.

Mais cette même Loi, donnée par Dieu à Moïse sur la montagne, proclame plus solennellement d’abord : "Tu ne tueras pas."

Et même avant tout : "Le SEIGNEUR, le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité, qui reste fidèle à des milliers de générations, qui supporte la faute, la révolte et le péché, mais sans rien laisser passer."

Israël avait bien compris cette Loi, avec ses contradictions apparentes qui se résolvent dans cette autre parole essentielle et répétée dans l’Écriture : "Est-ce la mort du pécheur que je désire ? Non, mais qu’il se convertisse et qu’il vive !"

C’est pourquoi à l’époque de Jésus, et sans doute depuis longtemps, les juifs ne mettaient pas à exécution la sentence de mort qui pesait sur la femme adultère : en fait, ils ne la lapidaient pas.

Pourquoi, alors, demandent-ils à Jésus ce qu’il en dit ? L’évangile nous explique que c’était afin de pouvoir l’accuser. En effet, si Jésus se risque à formuler ce que tout le monde pense et pratique, il va alors se prononcer explicitement contre la Loi, ce qui constituera une véritable apostasie. Mais s’il s’en tient à répéter l’énoncé de la Loi, il ne fait que prendre à son compte la sentence de mort pesant sur le pécheur, il n’est donc pas sauveur.

Ainsi, Jésus ne peut rien dire sans tomber dans le piège. C’est pourquoi il se tait.

Mais, en se baissant et en traçant du doigt des traits sur le sol, il évoque le don de la Loi dans les tables de pierre "écrites du doigt de Dieu", et il l’assume. Rendez-vous compte : ce geste signifie que Jésus se reconnaît auteur de la Loi, Verbe éternel de Dieu !

Jésus assume la responsabilité propre de Dieu qui, à la fois, révèle la gravité mortelle du péché et le supporte, justement pour arracher l’homme à la mort. C’est ce qu’il fait sur la croix, ce sacrifice qu’il évoque et annonce en se baissant à nouveau pour tracer des traits sur le sol : en effet, de sa résurrection naîtra le Nouveau Testament, "Loi nouvelle" donnée par Dieu pour la gloire d’Israël et le salut de tous les hommes.

Vous voyez que la parole finale de Jésus dans notre évangile n’est pas de ces mots faciles à dire qui n’engagent à rien, puisque le prix du pardon qu’il accorde, c’est sa Passion et sa propre mort. C’est pourquoi il dit exactement à la femme : "Va et, à partir de maintenant, ne pèche plus." Ce "maintenant" à partir duquel la femme peut ne plus pécher, c’est la Pâque de Jésus, source de pardon et de sanctification pour les pécheurs.

Or, ce prix "payé" par le Christ est nécessaire, mais il ne semble pas suffisant. En effet, Jésus attend d’abord que tous les accusateurs se soient éloignés, manifestant ainsi qu’eux-mêmes renoncent à appliquer la sentence de mort. On peut se demander, si Jésus n’a pas pris un risque réel en invitant celui d’entre eux qui serait sans péché à jeter la première pierre : certains pharisiens se pensaient vraiment impeccables. Mais, en fait, non. Déjà, comme je le disais au début, ce geste terrible aurait offusqué le peuple et discrédité son auteur. Mais, en plus, s’il avait signifié la prétention de celui qui l’accomplissait à la sainteté parfaite, il aurait paru un véritable blasphème ! L’habileté prodigieuse de Jésus doit donc, en cet épisode encore, être remarquée. Mais, certes, il y a ici bien plus que de l’habileté.

En effet, si le pardon de Dieu ne pouvait s’appuyer sur la mansuétude des hommes, dût-il habilement la solliciter, il n’aurait guère de chance d’être un bien pour la femme ou pour son entourage. Il faut que les hommes eux-mêmes entrent dans la responsabilité du pardon qui signifie de supporter le péché en vue de l’amendement du pécheur, pour que l’œuvre de salut de Dieu se réalise pour eux. C’est pourquoi nous avons appris à dire : "pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés."

Ni la parole du repentir ni la parole du pardon ne sont faciles à dire. Mais elles seules peuvent nous arracher à la mort, pour une vie éternelle.