Dimanche 4 avril 2004 - Dimanche des Rameaux et de la Passion

Tuer par amour : est-ce possible ?

Isaïe 5,4-7 - Philippiens 2,6-11 - Luc 19,28-40 puis 22,14 à 23,56
dimanche 4 avril 2004.
 

Tuer par amour : est-ce possible ?

Sûrement pas. L’amour fait vivre, il ne tue pas. Il ne veut que la vie de l’aimé, fût-ce au prix de sa propre vie. Mais on peut tuer celui ou celle qu’on aime, hélas. Pourtant, ce n’est pas par amour que l’on tue alors, mais par perturbation de l’amour : par jalousie, par dépit ou par désespoir. Celui qui tue dans ces conditions, même s’il le fait volontairement, ne sait pas vraiment ce qu’il fait, sinon, il ne le ferait pas.

Voilà pourquoi Jésus dit : "Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font."

Cette parole ne figure que dans l’évangile de saint Luc, qui est aussi le seul à décrire le malfaiteur crucifié à la droite de Jésus comme bien disposé à son égard. Ainsi, à l’exemple du bon et du mauvais larron, le peuple juif n’apparaît pas massivement hostile au Christ dans sa passion, mais divisé à son sujet.

Cette division entre les personnes est signe d’une autre division, intérieure à chacun. Jésus, de même qu’il a été renié par Pierre, son ami, a été tué par des gens qui, pour la plupart, l’aimaient. Le peuple qui l’a acclamé aux Rameaux n’est pas vraiment un autre que celui qui crie devant Pilate : "Mort à cet homme !"

La division du cœur n’est-elle pas, en fait, le malheur le plus profond notre humanité ? Bien souvent nous aimons, nous voulons aimer, mais nous sommes perturbés par le mal qui est dans le monde, et nous gâchons tout. Qui d’entre nous sait vraiment ce qu’il fait quand il fait le mal ?

Hélas, il est tellement plus facile de détruire en un instant, irrémédiablement, les équilibres délicats et fragiles de la vie et de l’amour, que de les construire patiemment au long des jours et des années d’un chemin partagé fidèlement.

Le crime passionnel est un cri qui veut dire à la fois la force de l’amour blessé et la violence de la colère désespérée. Mais ces deux mouvements de l’âme n’ont pas le même sort dans le passage à l’acte, car le meurtre anéantit l’amour tandis qu’il multiplie la violence meurtrière.

Cet avantage de la mort est la fatalité que nous éprouvons toujours avec une profonde amertume.

Mais la Passion de Jésus est déjà la défaite de cette fatalité. Car sa mort, plutôt que l’œuvre de folie de ceux qui le tuent, est son sacrifice par amour : en réalité, sa vie n’a été prise par personne, c’est lui qui l’a donnée pour tous.

Et sa Résurrection fait réussir l’amour avec la vie, qui était perdue et qui est redonnée.

Jésus est mort par amour, et cet amour a vaincu la mort. Ainsi, dans la foi et la lumière de Pâques, tout homme pourra aimer et vivre comme lui.