Jeudi Saint 8 avril 2004 - La Cène du Seigneur

Qu’est-ce qu’il n’a pas fait !

Exode 12,1-8.11-14 - 1 Corinthiens 11,23-26 - Jean 13,1-15
jeudi 8 avril 2004.
 

Qu’est-ce qu’il n’a pas fait !

Le ton montre que ce n’est pas une question, mais l’exclamation de qui s’émerveille devant une telle générosité dans l’action.

Qu’est-ce qu’il n’a pas fait pour eux ! Voyez, il est allé jusqu’à leur laver les pieds, lui, le Seigneur et Maître, à eux, les disciples indignes qui allaient l’abandonner dans sa passion. Il l’a fait, oui, il l’a vraiment fait ! Or, ce geste inouï ne figure que dans l’évangile selon saint Jean. Comment donc les autres ont-ils pu l’oublier ?

D’ailleurs, tout ce que faisait Jésus était certainement merveilleux, même dans la plus grande simplicité des petites choses ordinaires de la vie : il y mettait sûrement une justesse, une délicatesse qui leur donnaient une valeur immense, même lorsque cela pouvait sembler évident et banal aux yeux de ceux qui ne savaient pas voir.

Chacun de ses mots, chacun de ses gestes était de pur amour. Cela ne nous fait-il pas rêver ? Comme nous aimerions avoir vu tout cela ! Et tous ces trésors qui n’ont pas été recueillis dans les récits évangéliques, ne sont-ils pas perdus ?

Non ! Rien de Jésus n’est perdu, tel est le sens de notre célébration de ce soir.

En effet, il a laissé aux hommes un mémorial de son amour, dans lequel nous puisons sa présence maintenant. La veille de sa Passion, c’est-à-dire aujourd’hui, il a institué l’Eucharistie pour que chaque génération puisse le connaître et vivre de sa vie.

La messe, en effet, toute messe rend présent le sacrifice du Seigneur sur la croix, et le salut du monde qui en résulte. Ce n’est pas un autre sacrifice, ce n’est pas une simple évocation du souvenir, c’est réellement l’événement historiquement révolu qui nous est rendu parfaitement présent. Voilà aussi pourquoi je dis, avec toute l’Église, que la veille de sa Passion, c’est aujourd’hui !

Le Christ lui-même, ressuscité, est celui qui nous parle lorsque la Parole est proclamée, c’est lui qui se consacre lui-même à cet autel, pour nous et pour la multitude, en sorte que nous pouvons vraiment manger son corps et boire son sang. Et c’est "dans la personne du Christ" que le prêtre officie en faveur des fidèles. Le prêtre et la messe sont inséparables.

La messe et les prêtres sont pour vous, frères très aimés, vous le savez bien ! Et quand je dis "pour vous", j’entends certes "pour nous". Car c’est ainsi que le Christ Seigneur se donne à nous afin que nous devenions comme lui.

Si nous accueillons sa présence et le don qu’il nous fait de lui-même, alors nous sommes transformés en ce que nous recevons, nous devenons le Christ, nous recevons son cœur pour aimer comme lui, c’est-à-dire comme Dieu : tel est le mystère de la charité.

Mais alors, être chrétien signifie être capable de tous les amours, comme le Christ lui-même qui a aimé les siens jusqu’au bout ? Oui ! Mais alors, toutes nos faiblesses et nos petitesses, nos trahisons et nos démissions, nos fautes, nos révoltes et nos péchés sont autant de taches et de souillures sur le corps du Christ ? Oui !

Voilà pourquoi, aujourd’hui comme hier, Jésus lave les pieds des siens, Simon-Pierre en tête. Il nous lave les pieds puisqu’il nous envoie dans le monde pour y être sa présence, puisqu’il fait de nous son Église apostolique : qu’ils sont beaux, les pieds des messagers de l’Évangile, lavés dans la miséricorde et le pardon du Seigneur !

Jésus Christ est le même, hier, aujourd’hui et demain. Et si maintenant nous accueillons sa grâce comme nos pères l’ont fait hier, que ne fera-t-il pas, par nous, pour tous les hommes d’aujourd’hui et de demain !