Vendredi Saint 9 avril 2004 - Célébration de la Passion du Seigneur

Qu’est-ce qu’il n’a pas souffert !

Isaïe 52,13 à 53,12 - Hébreux 4,14-16 et 5,7-9 - Jean 18,1 à 19,42
vendredi 9 avril 2004.
 

Qu’est-ce qu’il n’a pas souffert !

Le ton l’indique, ce n’est pas une question, mais l’exclamation consternée de qui s’étonne devant tant de tourments et de tortures.

Les évangiles restent très sobres et discrets dans le récit de la Passion du Christ : nulle part il n’est question de la façon dont Jésus ressent ce qui lui est infligé, aucune précision de détail ne vient souligner ou renforcer la mention factuelle des humiliations et des supplices qu’il endure l’un après l’autre.

Certes, il nous est possible de remplir, à l’aide de diverses connaissances historiques et cliniques, le récit entre les lignes. Mais il ne peut s’agir que de conjectures plus ou moins probables, et le tout demeure finalement affaire d’imagination. Ce n’est pas l’Écriture sainte, la parole de Dieu.

D’ailleurs, pourquoi s’arrêter en ce chemin ? À bien y réfléchir, qu’est-ce que Jésus n’a pas dû souffrir toute sa vie au milieu des hommes, lui dans la bouche de qui ne se sont trouvés ni mensonges ni insultes, lui dont le cœur était sans haine ni malveillance d’aucune sorte : chacun de nos gestes, chacune de nos pensées devait être pour lui une blessure et un tourment !

Or, frères, nous le croyons, c’est par ses blessures que nous sommes guéris, par ses souffrances que nous sommes déchargés de nos péchés. Ainsi, toutes ses douleurs sont pour nous un trésor inestimable. Mais si elles sont oubliées, tombées dans la nuit des mémoires effacées, ne sont-elles pas perdues ?

Non, certainement pas. Car rien de Jésus n’est perdu, puisqu’il a donné à ses disciples le mémorial de l’Eucharistie et les prêtres qui le servent, afin que tout le peuple de Dieu devienne son corps et sa présence au monde. Ce que nous avons entendu jeudi, pourrions-nous l’oublier vendredi ? Ce qui était vrai hier ne le serait plus aujourd’hui ? Nous avons ajouté foi à sa parole qui nous donnait l’exemple de l’amour et du service, et nous fermerions l’oreille quand il s’agit de suivre ses traces sur le chemin des souffrances et de la mort ?

Si nous croyons à la grâce de son sacrifice pour nous et pour la multitude comme nous croyons à sa présence réelle dans le pain et le vin qui sont devenus son corps et son sang, si nous croyons qu’il nous les donne pour que nous vivions de sa vie, comment désormais nos souffrances ne seraient-elles pas les siennes ?

Le Christ soufre aujourd’hui de façon horrible et effrayante dans son corps qui est l’Église, en butte aux persécutions sanglantes en divers lieux du monde. Il souffre aussi en la personne de tous les innocents qui sont exploités et déchirés en leur corps et en leur âme par des puissants qui n’ont pas la crainte de Dieu.

Si vous voulez voir les souffrances du Christ aujourd’hui dans leur réalité, ouvrez les yeux sur celles de ces petits qui sont les siens. Mais ouvrez-les instruits par la méditation de la Passion à l’écoute des évangiles lus en Église. Alors, vous ne regarderez plus comme les hommes qui restent plantés devant le spectacle horrible et fascinant du massacre, mais vous entrerez, par la contemplation du mystère, dans la révélation du salut de l’homme à travers la mort vaincue par l’amour.

Si nous croyons au Christ et si nous le suivons jusqu’à la croix, qu’est-ce qu’il ne souffrira pas encore en nous ! Mais ce sera toujours son unique sacrifice pour le salut du monde et la gloire de son Père, celui que nous célébrons ce soir et en toute Eucharistie.