Nuit de Pâques 10/11 avril 2004 - La Résurrection du Seigneur

Un départ de feu !

Sept lectures de l’Ancien Testament - Romains 6,3-11 - Luc 24,1-12
samedi 10 avril 2004.
 

Un départ de feu !

Alarme ? Ou acclamation ?

Un départ de feu, c’est dangereux. Même si ce n’est au début qu’une étincelle à peine visible à l’œil nu, une flammerole qu’un rien suffirait à éteindre, elle pétille et se communique autant qu’elle le peut, jusqu’à devenir bientôt un incendie irrésistible.

Un départ de feu, c’est merveilleux si c’est pour une belle histoire, une grande aventure, si c’est la promesse d’une trajectoire éclatante et d’un succès fulgurant.

La foi de Pâques est un départ de feu.

Voyez comme elle est peu de chose au début : les femmes hésitent, on les croit folles, Pierre va au tombeau, mais il en revient tout étonné. Le feu est-il vraiment allumé, ne suffirait-il pas d’un rien pour qu’il s’éteigne avant d’avoir brûlé ?

Mais le va-et-vient entre un tombeau vide et le désir de Dieu creusé au cœur des disciples par le Maître en son passage est un vent divin qui attise déjà leur foi en son commencement, comme il l’attisera de plus belle par la suite, tout au long des "Actes des Apôtres".

Le feu a besoin de souffle pour s’aviver, puis, dès qu’il est assez grand, il crée de lui-même l’appel d’air dont il se nourrit pour se propager et se répandre. Le prodigieux essor de la foi de Pâques au premier siècle est une énigme pour les hommes qui l’ont observé de l’extérieur, depuis ce temps-là jusqu’à aujourd’hui. Ils s’appliquent à faire entrer le "phénomène" dans leurs grilles explicatives, mais le sujet est toujours bien trop grand pour elles : il les déborde toujours et fulgure au-delà de toute comparaison.

Mais alors, en revanche, comment se fait-il qu’en notre pauvre pays, et en d’autres aussi, l’Église semble en voie d’extinction depuis quelques décennies, si ce n’est quelques siècles ? Comment le feu de la foi pourrait-il, après être devenu l’incendie bienheureux répandu sur nos terres, s’exténuer et disparaître ?

Le feu, nous l’avons dit, vit de souffle et de mouvement. Il s’étiole et se meurt d’être arrêté ou confiné. La foi qu’on veut garder pour soi comme une chose privée, celle qui ne se communique ni s’échange, est comme un feu qu’on étouffe. Comme le feu appelle le vent qui fait grandir et se communiquer le feu, la foi appelle à la foi et se ravive du rappel à la foi.

Éliane, vous allez être baptisée dans la mort du Seigneur, car c’est à lui seul que se prend le feu de la foi et de la vie, grâce à son sacrifice pour nous. Vous serez aussitôt confirmée, recevant de Dieu, avec la foi, le souffle et le mouvement qui l’attisent, la font grandir et lui donnent le pouvoir de se communiquer. Et puis vous communierez au corps et au sang du Seigneur dans l’assemblée eucharistique, en cette merveilleuse et sainte fête de Pâques.

Éliane, vous ne laisserez pas étouffer en vous le don de Dieu reçu cette nuit, comme tant d’autres l’ont fait ou le font, hélas ! Vous refuserez tout confinement à une intériorité sans échanges vigoureux et nourrissants en Église, vous réagirez à tout engourdissement qui vous écarterait de la fréquentation de l’Eucharistie dans la messe dominicale et de la pratique régulière du sacrement du pardon. Vous épanouirez votre vie chrétienne dans les espaces fondamentaux où se réalisera votre appartenance au Corps du Christ : votre paroisse, votre diocèse, et l’Église universelle répandue dans tout l’univers.

Alors vous saurez, et vous n’oublierez jamais, que le Christ est ressuscité ; et vous le chanterez en cette vie et pour l’éternité. Car vous serez la preuve vivante, avec toute l’Église vivante, que le feu de Dieu qui a pris ce jour-là sur la terre n’est autre que la vie nouvelle de Jésus, le Fils de Dieu qui s’est offert sur la croix à son Père, c’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout et lui a donné le Nom qui surpasse tout nom.

Frères très chers, accueillons cette nuit, avec notre sœur Éliane, l’appel à la foi chrétienne que nous adresse le Christ. Alors, par la puissance de sa résurrection, ce sera pour notre Église un nouveau départ de feu.