Dimanche 25 avril 2004 - Troisième dimanche de Pâques

Ça s’est bien passé ?

Actes 5,27-32.40-41 - Apocalypse 5,11-14 - Jean 21,1-19
dimanche 25 avril 2004.
 

Ça s’est bien passé ?

Pâques, ça s’est bien passé pour vous ?

La mine en dit souvent déjà long avant toute réponse. Au point que, quelquefois, il n’est même pas besoin de poser la question. Mais la mine est aussi affaire d’interprétation. Par exemple, ces garçons dépenaillés, sales et affamés : en fait, ils rentrent ravis de leur camp qui s’est très bien passé. Et cet homme atteint visiblement par une grave maladie : voici autour de lui toute sa famille qui l’accompagne et le soutient dans son combat.

De même les disciples accompagnent Pierre à la pêche.

Viennent avec lui : Thomas et Nathanaël, deux figures principales de disciples dans l’évangile de Jean, le premier et le dernier avec lesquels Jésus entre en dialogue ; les fils de Zébédée, inconnus de l’évangile de Jean auparavant, mais essentiels dans ceux de Matthieu, Marc et Luc (les "synoptiques") ; enfin, "deux autres disciples" non nommés : ils rappellent les deux premiers disciples de l’évangile de Jean, ceux qui vont de Jean-Baptiste à Jésus, mais ils sont aussi la place en creux de tous les disciples de toutes les générations.

En tout, ils sont sept à monter dans la barque de Pierre ; sept, chiffre de la multitude : il s’agit donc symboliquement de l’Église, composée de la multitude des disciples dans la diversité de leurs regroupements culturels ou historiques particuliers. Et cette Église est unie autour de son chef dans l’accomplissement de la mission, cette tâche, symbolisée par la pêche, qui est sa raison d’être même.

Vous croyez qu’ils apparaissent fringants, les disciples, en ce petit matin après une nuit de travail pour rien ? Ils doivent plutôt faire grise mine dans le jour blafard. Et voilà que, sur la parole de l’inconnu du rivage, ils jettent aussitôt le filet. Ainsi donc, malgré l’insuccès, la fatigue et la faim, ils sont restés assez unis et disponibles pour cela ? Eh bien permettez-moi de trouver cela épatant.

Au fait, pourquoi n’ont-ils rien pris de toute la nuit ? Peut-être est-ce à cause du péché de Pierre, lui qui a renié son Seigneur en sa Passion. En tout cas, c’est sûrement à cause du péché du monde, celui que ce même Seigneur a porté sur la croix. Il n’avait alors guère bonne mine : il n’avait même plus figure humaine ! Et pourtant, si j’ose dire, cela se passait bien : dans le libre don de lui-même par amour, il accomplissait le salut, la rédemption des pécheurs.

C’est pourquoi, quand les disciples restent unis autour de leur pasteur et disponibles pour la mission en dépit d’un long insuccès qui les marque durement, ils manifestent au plus haut point, en "forme de croix", la réussite du sacrifice du Christ. Et la pêche miraculeuse ne saurait manquer de suivre "au matin" la nuit difficile de la barque vide, de même que la résurrection de Jésus dans la lumière de Pâques n’a pas manqué de suivre l’heure des ténèbres de sa Passion.

Et voilà que Pierre passe un vêtement et se jette à l’eau ! Ce plongeon nous fait penser au baptême. Mais Pierre n’a-t-il déjà eu part à la mort du Seigneur pour naître à sa vie nouvelle ? En effet, au cours du dernier repas, au moment où il lave les pieds de ses disciples, le Maître leur dit : quand on vient de prendre un bain, on est pur... et vous êtes purs... Et, d’ailleurs, par le baptême, il nous est donné de "revêtir le Christ" : voilà le sens de ce vêtement que, littéralement, Pierre "rajuste" avant de se jeter à l’eau. Non, Pierre ne va pas être baptisé à nouveau - cela ne se fait pas ! - mais il va donner sa vie pour le Christ dans un martyre qui ressemblera au sien. Voilà ce qu’annonce son geste prophétique, qui signifie aussi, avant même le dialogue explicite avec Jésus, qu’il lui sera donné de prouver par ses actes cet amour du Seigneur qui consiste à le préférer à tout et à tous, et jusqu’à sa propre vie.

Or, cet amour est celui que Dieu demande à tout disciple, pas seulement à celui qu’il donne aux autres comme chef et comme pasteur en son nom. Et nous, serons-nous capables de suivre Pierre dans son sacrifice à la suite du Christ ? Comprenez, frères : ce n’est pas une question de vertus ou de talent. C’est affaire de vocation et de grâce, et de foi en celui qui donne la grâce.

Alors, soyons bien unis autour de notre pasteur pour accomplir la mission de l’Église, au temps des barques vides comme à celui des filets pleins. Ainsi l’Église manifestera, aux yeux du monde qui ne le connaît pas, le Christ Jésus et sa victoire.

Car sa Pâque, son passage de ce monde à son Père, s’est bien passée, et elle s’est bien passée pour nous : il entraîne à sa suite tous les hommes sauvés par son sang, et la création tout entière avec eux, jusqu’à la gloire de Dieu.