Dimanche 2 mai 2004 - Quatrième dimanche de Pâques

Se faire mener par le bout du nez est un droit de l’homme.

Actes 13,14.43-52 - Apocalypse 7,9.14-17 - Jean 10,27-30
dimanche 2 mai 2004.
 

Se faire mener par le bout du nez est un droit de l’homme.

L’origine de l’expression est à chercher du côté de l’équitation : ainsi, le bon cavalier mène sa monture. Et si le cheval est bien mené, nourri et soigné, il est tout content de son sort.

De même, on ne peut interdire à un homme de se laisser mener par le bout du nez, et de s’en satisfaire. Pourtant l’expression reste péjorative. En effet, les hommes ne sont pas des bêtes, ni même des chevaux.

D’ailleurs, le Psaume 31 le dit : "N’imite pas les mules et les chevaux, qui ne comprennent pas, qu’il faut mater par la bride et le mors..." Et juste avant : "Je vais t’instruire, te monter la route à suivre, te conseiller, veiller sur toi..."

Voilà qui est plus humain. Dieu veut conduire ses élus non comme du bétail, mais comme un ami prend son ami par la main. "Ta main me conduit, ta main droite me saisit..." chante le Psaume 138.

Il est vrai que cette main divine peut se faire pressante. Mais c’est comme celle des parents sur leurs enfants, qu’il faut parfois contraindre pour leur bien. Et les enfants, s’ils ont le bonheur d’être bien élevés, savent toujours, au fond, que leurs parents ont raison. Parfois, même, la main de Dieu semble écrasante. Et nous touchons là au cœur du mystère.

Quand nous entendons l’Apôtre Paul, dans la deuxième lecture, déclarer : "J’ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi, le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre", il cite le prophète Isaïe (49,6). Et cette parole du prophète s’adresse à Israël de la part de Dieu. Or, dans le contexte du livre des Actes des Apôtres, elle vient ponctuer un tournant terrible : "Puisque vous, les juifs, vous rejetez la parole de Dieu, nous nous tournons vers les païens", dit saint Paul. Les païens sont très contents en entendant tout cela.

Mais alors, cela signifie-t-il que Dieu ayant renoncé à son alliance avec le peuple juif, se tournerait ailleurs ? Pas du tout. Mais il se trouve qu’une fois encore le Seigneur tire un bien des révoltes et des péchés des siens. Il leur fait même accomplir leur vocation malgré eux. Et ce n’est pas une manipulation hostile, mais la poursuite de son amour inlassable.

Déjà, la vente de Joseph par ses frères s’était révélée la préparation providentielle du salut qu’ils allaient trouver en Égypte, lors de la grande famine. De même, la dispersion d’Israël, conséquence de l’infidélité du peuple, est devenue la possibilité pour Paul et les autres apôtres de l’Évangile de le répandre comme une traînée de poudre par toute la terre. D’ailleurs, la première mission chrétienne après la Pentecôte est la conséquence de la persécution d’Étienne et de ses compagnons par les juifs.

Le comble et le cœur de cette mystérieuse action de la sagesse et de la puissance de Dieu est tout simplement la croix de Jésus : il n’y a pas de plus grand péché du peuple élu que celui-là ; et Dieu, dans la résurrection de son Fils, en fait la cause du salut de tous les hommes.

Voyez-le, l’Agneau de Dieu : il porte ce nom parce qu’il s’est montré parfaitement obéissant jusqu’à la croix. Et c’est pourquoi il est donné comme pasteur au peuple de Dieu et à tous les hommes. Parfait imitateur du Père, il reçoit de lui tout pouvoir et toute gloire.

De même, croyez-vous que l’on devient prêtre par désir de dominer sur les autres ? Non, certes, si du moins c’est vraiment par appel de Dieu qu’on le devient. Mais c’est par goût d’être agneau avec l’Agneau, c’est-à-dire de se laisser conduire par la main de Père absolument où il veut et comme il veut. Alors on peut être fait pasteur avec le Pasteur.

Devenir disciple du Christ, et donc enfant tout obéissant du Père avec lui, voilà la vocation chrétienne, la sainte vocation de tout homme par la volonté bienveillante du Tout-Puissant.

Se faire mener par la main de Dieu, c’est le bonheur de l’homme, maintenant et jusqu’aux joies éternelles.