Dimanche 9 mai 2004 - Cinquième dimanche de Pâques

Les soldats portent un uniforme.

Actes 14,21-27 - Apocalypse 21,1-5 - Jean 13,31-33.34-35
dimanche 9 mai 2004.
 

Les soldats portent un uniforme.

C’est pour pouvoir se reconnaître entre eux : "Il est des nôtres, ça se voit."

Voilà qui nous rappelle aussi une chanson à boire : "Il est des nôtres, il a bu son verre comme les autres..." Ma foi, c’est plutôt sympathique, pourvu qu’on reste dans des limites raisonnables, ou pas trop déraisonnables.

La chaleur des banquets, la fraternité d’armes, la solidarité dans le service de la patrie et de la paix jusqu’au sacrifice éventuel de sa vie, tout cela fait partie du meilleur de notre humanité.

Mais il y a des dérapages. Et même parfois l’on bascule dans l’horreur.

Et quand on a trouvé les coupables, on les appelle des monstres, comme s’ils étaient tout à fait différents des autres.

Voyez Judas, par exemple. Au début de notre évangile, il vient de sortir de la salle du repas pour aller vendre son maître et le livrer par un baiser à ses ennemis mortels. C’est le traître, le monstre de l’histoire, n’est-ce pas ?

Pourtant, en réalité, il n’est pas si différent des autres : Pierre qui reniera Jésus trois fois avant le chant du coq est, en cela aussi, représentatif de tous les Apôtres. D’ailleurs le Seigneur est très clair avec eux : "Ce que j’ai dit aux juifs, je vous le dis à vous aussi maintenant : là où je vais, vous ne pouvez pas aller." Si vous n’avez pas entendu cela, c’est simplement parce que le verset est sauté dans le découpage liturgique. Mais avant, au moment précis du départ de Judas, il pousse un véritable cri de triomphe : "Maintenant le Fils de l’homme est glorifié..."

En effet, ce qui est maintenant en route de façon irréversible, c’est la Passion du Christ, ce sacrifice par lequel il va obtenir le salut du monde et la rédemption des pécheurs.

Voyez ce qu’il prend sur la croix : c’est la place de toutes les victimes de l’histoire, mais aussi celle des bourreaux, car la mort qu’il endure est le châtiment des criminels.

En pardonnant à ceux qui l’ont crucifié, Jésus ouvre une ère nouvelle pour les hommes : il leur apprend le chemin de la miséricorde, le seul qui peut les libérer du règne de l’injustice et de la vengeance.

Ceux qui croient en lui peuvent désormais regarder la vérité en face : tous les hommes sont pécheurs, ils sont tous habités des mêmes démons qui leur inspirent des desseins criminels. Ainsi, celui qui par bonheur n’a pas commis d’actes horribles comprend que la même miséricorde qui l’a préservé du péché est offerte au pécheur pour le relever.

D’ailleurs, frères, nous le savons : bien des bourreaux furent d’abord des victimes, et bien des victimes sont d’anciens bourreaux.

Ainsi, chrétiens, c’est-à-dire plongés dans le baptême au nom du Seigneur, nous formons une communauté de graciés : pour les péchés que nous avons commis ou pour ceux que nous aurions pu commettre.

Nous ne pouvons plus écraser de notre mépris ceux d’entre nous qui se sont avilis et dégradés : nous sommes tous solidaires, appelés à la conversion et au pardon, responsables les uns des autres pour la sanctification de tout le corps.

Cet amour de miséricorde mutuelle à l’image de celle du Seigneur qui nous enveloppe et nous unit peut seul dissiper les rivalités et les jalousies entre nous et nous ouvrir ensemble à l’accueil de tous nos frères humain, pour qui aussi le Christ a souffert jusqu’à la mort.

L’autre homme, celui qui ne connaît pas le Christ et demeure sous la loi désespérante du péché et de l’impossible justification de soi-même, est pourtant mon semblable, puisque je ne suis sauvé de cette loi que par grâce. Il est un autre moi-même pour qui je dois donner ma vie comme le Christ, avec lui.

Les chrétiens n’ont pas d’uniforme : ils n’en ont pas besoin pour se reconnaître entre eux ni pour se manifester tels aux yeux des autres hommes.

C’est l’amour de miséricorde de Dieu qui, par la puissance de la résurrection du Christ, les unit et leur donne d’aimer jusqu’à leurs ennemis, en sorte que les hommes peuvent le voir : Dieu s’est fait l’un des nôtres afin que tous soient à lui pour la vie éternelle.