Dimanche 30 mai 2004 - Pentecôte

Peut-être n’êtes-vous plus dans la course ?

Actes 2,1-11 - Romains 8,8-17 - Jean 14,15-16.23-26
dimanche 30 mai 2004.
 

Peut-être n’êtes-vous plus dans la course ?

Cette question peut être cruelle. Il est terrible, de s’apercevoir tout d’un coup de ce qui était le cas depuis longtemps : les espérances sur lesquelles on vivait sont complètement dépassées. On est trop vieux, il est trop tard pour pouvoir jamais atteindre l’objectif qui sous-tendait profondément le cours de l’existence. Et ce coup de tonnerre peut frapper à toute époque de la vie, aussi bien dans la jeunesse que dans la vieillesse, à l’âge mûr ou à l’adolescence : il paraît, par exemple, que si vous avez commencé le piano après six ans, vous ne deviendrez jamais pianiste de concert ! Par un matin blafard ou à midi, dans la pénombre triste du soir ou en pleine nuit, à l’occasion d’une rencontre ou d’une conversation, la vérité vous aveugle, aussi impitoyable qu’humiliante. Et l’effondrement de vos illusions peut vous conduire au pire désespoir.

Eh bien, la Pentecôte, c’est tout l’inverse.

Quel est ce bruit formidable qui emplit la maison, et même la ville, puisque tous les passants l’entendent et accourent ? Rien moins que la grande voix qui convoque les peuples pour la fin du monde. Les prophètes l’avaient annoncé, le grand jour de la venue du Dieu : le rassemblement de toutes les nations aux portes de Jérusalem pour le jugement final qui verrait l’extermination des impies et la justification du reste d’Israël. Comme la foudre, le Puissant viendrait du haut des cieux, et nul ne pourrait échapper à sa colère.

Les prophètes se sont-ils trompés ? Non. L’Esprit Saint ne peut ni se tromper, ni nous tromper. Il a bien eu lieu, le jour sanglant, et il s’est accompli là, sur la croix. Jésus a pris sur lui tout le péché, et tout le châtiment. Ainsi, en ressuscitant Jésus, Dieu a ouvert un temps après le temps, un monde après le monde. Voilà ce qui advient à la Pentecôte.

Comprenez bien, frères, la Pentecôte n’est autre que la Pâque du Christ : c’est la Pâque jusqu’au bout, la Pâque jusqu’à la fin. Le sacrifice du Christ a racheté les multitudes, et les voilà convoquées pour recevoir le salut que le Fils de Dieu leur a acquis.

Tandis que le monde vieillissait dans son péché, Israël avançait dans l’expérience de Dieu qui s’était choisi un peuple parmi tous. Les autres nations, au temps de Jésus, n’étaient plus dans la course depuis longtemps ! Quant au peuple élu, il ne s’était purifié qu’à travers d’innombrables épisodes de révolte et de pardon. Avec le rejet du Messie, Israël lui-même semblait perdu et l’Alliance définitivement brisée. Or, voilà que, non seulement le pardon est offert une fois pour toutes à ceux qui sont allés jusqu’à tuer le Fils, mais encore les biens du salut sont ouverts à toutes les nations en même temps ! Voilà l’œuvre de Dieu.

Il retentit, le grand bruit comme d’un terrible orage qui réalise le dernier acte. Elle vient du Ciel, la grande puissance comme un feu. Mais ce feu se pose en langues sur la tête des Apôtres : le pouvoir de Dieu se répand sur les disciples avec la douceur de paroles d’amour. Et c’est afin de se répandre de même sur tous les peuples.

Quiconque croit en cette parole de feu est porté au-delà du jugement et de tout écroulement de ce monde. La bonne nouvelle du peuple à nouveau créé dépasse toute espérance qui pourrait se perdre.

Oui, frères, reconnaissons-le : nous ne sommes plus dans la course. Du moins dans celle qui pousse les hommes à rechercher leur accomplissement dans les prestiges et les plaisirs de ce monde. Nous sommes libérés de cette loi, de cet empire de la chair. Car l’Esprit Saint nous établit dans une certitude de grâce qui dissipe les attraits illusoires de la gloire qui vient des hommes et du pouvoir qui ne peut que périr.

Chacun de nous est affranchi de la passion de devenir quelqu’un, puisqu’il est devenu membre de l’Église qui est comblée de l’Esprit de Dieu. C’est elle qui est quelqu’un, ce quelqu’un qui aime Dieu et que Dieu aime : "Si quelqu’un m’aime, dit le Seigneur, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui."

Ainsi, que personne ne perde l’espoir. Que personne ne dise : "C’est trop tard pour moi, avec ce que j’ai fait, dans la situation où je suis..." Rassemblons-nous à la voix de Dieu pour recevoir ensemble l’unité dans l’amour et le pouvoir d’accomplir notre vocation sainte.

Par la grâce de Jésus et la puissance de l’Esprit, nous sommes tous enfin dans la course de la sainteté. Et cela ne fait que commencer.