Dimanche 6 juin 2004 - La sainte Trinité

C’est votre dernier mot ?

Proverbes 8,22-31 - Romains 5,1-5 - Jean 16,12-15
dimanche 6 juin 2004.
 

C’est votre dernier mot ?

Dans une négociation serrée, cette question est une menace de rupture : si vous restez buté sur tel point, nous ne pourrons pas nous entendre. Certes, il ne faut pas rompre à la légère. Mais, les gens qui se déclarent indéfiniment disposés à revenir sur leur parole et à reconsidérer leur position peuvent-ils être des partenaires sûrs ? S’il s’agit de bâtir ensemble une véritable aventure, mieux vaut avoir affaire à une personnalité construite sur un fondement solide, quelqu’un avec qui l’on sait à quoi s’en tenir.

En ce sens, Jésus est le dernier mot de Dieu. Dieu parle aux hommes par d’innombrables signes dans la création et dans l’histoire, et il a parlé à son peuple par les prophètes, à bien des reprises et de bien des manières. Mais, en ces temps qui sont les derniers, il nous a parlé par son propre Fils. C’est Jésus, cet homme qui est né d’une femme, qui a été bébé, puis enfant grandissant sous le regard de ses parents, puis adulte, comme nous. Et c’est lui qui a souffert sur la croix, qui est mort et ressuscité, s’est assis à la droite de Dieu et reviendra dans la gloire. Ce Jésus a passé en faisant le bien, il a parlé à ses disciples et vous venez de l’entendre.

Ce n’est pas mon dernier mot, leur dit-il en substance au cours du repas qu’il prend avec eux à la veille de sa passion. En effet, après sa mort il parlera encore aux Apôtres, au cours de ses apparitions et au-delà de ces brèves entrevues si déconcertantes pour eux. C’est bien ce qu’il leur promet, en ce soir de la Cène, quand il annonce la venue de l’Esprit de vérité qui reprendra ce qui vient de lui pour le leur faire connaître.

Mais ce temps où Jésus continue à instruire les disciples arrive à son terme lorsque le Nouveau Testament est complet. Ainsi la révélation de Dieu est-elle parfaitement achevée dans la Bible intégrale, telle que Dieu l’a confiée à son Église : absolument rien de nouveau ne peut désormais être dit sur Dieu de sa part. Bien sûr, Jésus reste au milieu des siens et l’Esprit continue à assister l’Église à toutes les époques pour qu’elle puisse comprendre et expliquer les Écritures : il se dit des formulations nouvelles, en des langages nouveaux. Mais elles ne disent rien d’autre que ce que les Apôtres et les évangélistes ont recueilli et consigné dans leurs écrits.

La "Trinité", donc, est un mot que les autorités ecclésiastiques ont trouvé à une certaine époque, plusieurs siècles après Jésus, convenable pour dire le mystère de Dieu : le Père, le Fils et le Saint Esprit sont, ensemble, un seul Dieu. En ce sens, la Trinité est le dernier mot de l’Église sur Dieu, le dernier mot de la théologie. Là-dessus, il n’est pas question d’en rabattre, de nuancer ou de négocier. Tout propos, tout discours qui ne se laisse pas conduire, finalement, à la confession de la sainte Trinité est erreur et égarement.

La Trinité est un mystère : elle ne s’explique pas. Mais elle se démontre. En effet, nous pouvons voir comment, dans les Écritures, se révèle effectivement l’unité divine du Père, du Fils et du Saint Esprit. Et le passage évangélique d’aujourd’hui est très clair à ce sujet : tout ce qui est au Père est au Fils, et tout ce qui est au Fils, l’Esprit en dispose en faveur des fidèles.

En revanche, quiconque s’essaie à des images ou des comparaisons pour "faire comprendre comment ça se passe" risque bien des sottises et des incongruités. Dans les meilleurs cas, et ils sont rares, il s’agit non pas de paroles qui viendraient s’ajouter à l’énoncé du mystère pour le rendre plus clair, comme si l’on pouvait "dire mieux", mais des chants, des chansons, de la poésie. Et Dieu sait qu’il en faut !

En effet, ce mystère n’est pas un objet intellectuel à poser au pinacle de son entendement, c’est la réalité de Dieu même qui nous tend les bras. Il s’agit donc bien pour nous de chants et de vertiges, et d’une danse avec ce Dieu vivant qui nous a donné la vie et qui nous sauve en nous prenant en lui.

Frères, n’oubliez pas que chaque fois que vous faites sur vous le signe de croix, c’est Dieu qui vous embrasse, qui vous prend en lui comme ses enfants dans le Fils, par la puissance du Saint Esprit et dans le feu de son amour. Telle est l’aventure de notre baptême dans la mort du Seigneur où nous trouvons sa vie éternelle de Dieu auprès du Père avant les siècles. Et nous pouvons nous lancer sans crainte dans cette aventure, car Dieu est sûr : il n’a qu’une Parole !

Mes enfants, n’oubliez jamais que le plus beau nom de Dieu, c’est Amour, pour toujours.