Dimanche 13 juin 2004 - Le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ

Leur relation n’est pas seulement platonique.

Genèse 14,18-20 - 1 Corinthiens 11,23-26 - Luc 9,11-17
dimanche 13 juin 2004.
 

Leur relation n’est pas seulement platonique.

On dit cela, par exemple, avec un air de lourds sous-entendus, au sujet d’un homme et d’une femme qui ne sont pas mariés. Le mot "platonique" est dérivé du nom du philosophe grec Platon, auteur au 5ème siècle avant Jésus Christ d’une théorie réaliste des "Idées". Il signifie : purement idéal, sans rien de matériel ou de charnel. Ce sens n’a pas grand-chose à voir avec la belle philosophie de Platon, mais peu importe ; l’expression n’en est pas moins révélatrice de notre mentalité : nous supposons qu’il faudrait s’en tenir à des rapports prétendument désincarnés, ou bien alors passer nécessairement à l’extrême intimité.

En réalité, mes amis, il n’y a pas de relation humaine réelle sans engagement physique. Nous n’avons que trop tendance à prétendre séparer le corps et l’esprit. Or, l’esprit sans le corps, ce n’est pas vrai, c’est une illusion et un mensonge. Et le corps sans l’esprit, c’est la mort. Une relation vraie est "communication", c’est-à-dire non pas le fait de lâcher ou de lancer des messages comme des bombes ou des missiles, mais, ainsi que le mot l’indique, la mise en commun d’un peu de ce qu’on est, l’un et l’autre, pour "faire un" en quelque mesure.

Notre plus profonde misère humaine, c’est la division : division entre nous, division en nous-mêmes. Le mouvement qui nous porte les uns vers les autres vise notre réunion réelle et vivante. Mais si chacun n’est pas unifié, comment pourrions-nous atteindre et garder l’unité entre nous ? Nous avons besoin d’une guérison essentielle de notre humanité.

C’est pourquoi, vous l’avez entendu, Jésus parle à la foule du règne de Dieu, et il guérit ceux qui en ont besoin. Ce que vous n’avez pas entendu, c’est le tout début, parce qu’il a été omis dans le passage d’aujourd’hui : en fait, saint Luc, qui est seul à mentionner à la fois la prédication et la guérison avant la multiplication des pains, précise aussi que Jésus agissait ainsi envers les gens "en les accueillant". Et il utilise, lui seul, le verbe grec "apodéchomai", dont le préfixe "apo" ajoute à l’idée d’accueil celle d’une sortie de soi pour recevoir l’autre.

Et certes Jésus est sorti de lui-même pour pouvoir accueillir notre humanité marquée de la misère due au péché : lui, le Verbe fait chair, il est allé jusqu’au sacrifice de la croix, pour nous guérir de toutes nos divisions en nous réconciliant avec Dieu par son sang. Et il est ressuscité, sinon il ne pourrait pas, comme il le fait maintenant, nous accueillir, nous parler du règne de Dieu et nous inviter à la table eucharistique pour nous guérir complètement.

Nous le sentons bien, accueillir vraiment quelqu’un pour un repas, ce n’est pas seulement servir de la nourriture à l’autre, c’est se donner soi-même à sa rencontre. Il s’agit pour chacun de s’offrir physiquement à recevoir comme un bienfait par autrui. Et cela ne va pas sans l’esprit : sans un engagement de toute la personne, avec son intelligence, sa sensibilité, sa délicatesse, sa retenue et sa générosité.

Alors, mes amis, vous comprenez bien que notre relation avec Jésus, qui une personne vivante, ne saurait être ni "seulement platonique", ni "purement physique". Sans la foi qui est un attachement de tout le cœur, de toute l’intelligence et de tout l’esprit à celui que nous allons recevoir physiquement, il ne faut pas communier. Mais si nous approchons de cette table en reconnaissant notre péché et notre misère, avec confiance en celui qui nous accueille, nous parle et nous guérit, alors, lorsque nous recevons son corps et son sang nous sommes vraiment unis à lui, si bien qu’ensemble nous ne faisons plus en lui qu’un seul corps et un seul esprit.