Dimanche 12 janvier 2003 - Le baptême du Seigneur

Je suis content pour vous

Isaïe 55,1-11 - 1 Jean 5,1-9 - Marc 1,7-11
dimanche 12 janvier 2003.
 

Je suis content pour vous.

Est-ce qu’on peut être content pour un autre ?

Content d’un autre, oui, bien sûr. Par exemple : Je suis content de toi, mon fils !

Vous êtes contents quand il vous arrive quelque chose de bien. S’il s’agit d’un fils, ou d’un vrai frère, ce qui lui arrive vous touche comme lui-même. S’il lui arrive du bien, vous êtes content, tout simplement.

Pourquoi, alors, dire : "Je suis content pour lui" ? Cette expression ne marque-t-elle pas déjà une distance : lui, c’est lui et moi c’est moi ? Elle peut être prononcée avec une nuance d’agacement qui sous-entend : cela m’est égal, à moi. Elle peut même trahir l’effort que l’on fait pour ne pas céder à la jalousie qui nous suggère non seulement de ne pas nous réjouir du bien qui arrive à l’autre, mais encore d’en concevoir du dépit.

De la jalousie à la malveillance, il n’y a qu’un pas. Celui qui m’agace de ses succès, je peux lui vouloir du mal. Encore un peu et je vais lui en faire. J’irai même jusqu’à négliger mes propres intérêts pour la satisfaction de nuire aux siens. Voilà la méchanceté. Et n’est-ce pas cela, par-dessus tout, qui nous rend malheureux ? Personne de nous n’a le cœur indemne de cette tentation infernale qui nous suggère de prendre le parti du mal et du malheur.

La preuve ? La voilà, c’est la croix. Pourquoi donc avons-nous tué Jésus ? Il n’avait rien fait de mal. Il n’a jamais voulu que du bien à tous, même à ceux qui lui faisaient du mal. Alors ? Y avait-il une seule raison pour vouloir sa mort ? Aucune bonne raison, bien sûr, mais un motif bien évident, hélas : la jalousie. N’est-il pas le fils bien-aimé, nous venons de l’entendre, celui en qui le Père de tous a mis tout son amour ?

Qui dira les ravages, dans le cœur de l’homme, de la jalousie qui fait détester le frère plus aimé, semble-t-il, que soi-même. Sans compter que le mieux loti saura, bien souvent, faire sentir cruellement à l’autre son sort plus heureux .Et même, parfois, il se réjouira plus que tout du tourment de l’envie qu’il lui inspire. Mon Dieu, que le cœur de l’homme est compliqué, dans les replis de ses ténèbres !

Mais, Jésus, justement, a-t-il voulu se prévaloir contre ses frères de son état de bien-aimé du Père ? Tout au contraire ! Lui qui était dans la condition de Dieu, il est descendu dans notre ténèbre compliquée et malade, comme le signifie sa plongée dans l’eau au baptême de Jean. Et cette immersion annonce sa croix, lorsqu’il descendra aux profondeurs de la souffrance et de la mort. Et pourtant, c’est en ce jour du baptême que retentit la voix de l’amour du Père.

En effet, Jésus, nul ne le prend : c’est son Père qui nous le donne, c’est lui qui s’offre pour nous. Et l’Esprit d’Amour consacre et remplit ce don qui nous est fait pour notre salut. Tout ce qu’est Jésus de merveilleux et de bienheureux, il nous le donne, afin que ce qui était à lui soit à nous. Bien plus, il se consacre lui-même en son sacrifice afin que ce qu’il est de toute éternité, nous le soyons enfin, pour toujours, en lui.

Si quelqu’un, ici, pense n’avoir pas besoin de la guérison de son cœur, s’il se croit sans complicité avec le prince des ténèbres et de la mort, alors cette parole n’est pas pour lui, ni cette fête, ni ce don, ni cette messe, ni cette église, ni cet autel. Mais s’il est quelqu’un parmi nous qui désire la liberté d’aimer, s’il a soif de ce remède tout puissant contre le mal qui le ronge ou le mord au cœur, qu’il boive ! Qu’il reçoive gratuitement le don de Dieu et Dieu lui-même, qu’il devienne Fils dans la paix de l’amour bienheureux et invincible de l’Esprit de Dieu !

Regardons Jésus avec les yeux lavés par le baptême en sa mort et le don de l’Esprit Saint, regardons-le bien : peut-on le jalouser, dans son humilité et l’abandon de lui-même à cause de nous ? Comment ne pas abandonner toute méchanceté, comment ne pas nous laisser rendre semblables à lui, comment ne pas nous livrer à sa suite dans son Eucharistie ?

Dans la lumière de Jésus Christ, dans le feu de son amour pour nous jusqu’à donner sa vie, toute jalousie disparaît entre nous. Chacun se réjouit comme pour lui-même du bien qui arrive à tout autre et tous, ensemble, implorent d’une seule voix pour la guérison complète du monde. Voilà ce qui convient pour nous, frères, puisque nous sommes les frères de Jésus.

Voilà pourquoi son Père et notre Père est content de nous.