Dimanche 20 juin 2004 - Douzième Dimanche

Est-ce que ça va tomber ?

Zacharie 12,10-11.13,1 ; Galates 3,26-29 ; Luc 9,18-24
dimanche 20 juin 2004.
 

Est-ce que ça va tomber ?

Toutes ces pierres du plafond qui restent suspendues au-dessus de nos têtes, comment tiennent-elles en l’air sans armature ni ciment ? C’est le miracle de la voûte : chaque pierre, taillée exactement selon le biseau nécessaire, est portée par ses voisines auxquelles elle s’ajuste précisément. Le secret de cette tenue est la résistance de la pierre à la compression.

Évidemment, s’il se trouvait une pierre creuse au milieu des autres, elle s’écraserait sous l’effort, et toute la voûte s’écroulerait. Mais heureusement la nature ne fait guère de pierres creuses. Toutefois, à notre époque où l’on fabrique pratiquement des imitations de tout et de n’importe quoi, même les pierres pourraient bien devenir fausses : méfions-nous !

La foi, en effet, est comme une voûte de pierres.

Vous avez entendu l’évangile. Jésus se dit Dieu. Même si ce n’est pas de cette façon littérale, pour qui sait entendre il ne peut y avoir de doute ni d’ambiguïté : il s’y révèle réellement comme le propre Fils de Dieu, celui qui, avec le Père et l’Esprit Saint, est un seul Dieu éternel et tout-puissant. Et ça, c’est absolument unique : vous pouvez chercher partout, vous ne trouverez pas trace ailleurs d’une telle revendication. Je tiens évidemment pour rien les demi-dieux de la mythologie, fils de dieux entiers qui ne valent pas un homme digne de ce nom.

Et voilà que ce propre Fils de Dieu annonce, en outre, qu’il doit souffrir et mourir, de la mort la plus humiliante, pour vaincre le mal et obtenir le salut du monde : c’est-à-dire de toute la création, depuis son origine jusqu’à sa fin, l’humanité en tête ! Là encore, il s’agit d’une revendication tout à fait unique et inouïe.

Mais ce n’est pas tout. Le plus incroyable, sans doute, est ce qu’il ajoute aussitôt : que tout homme est appelé à le suivre sur ce chemin de croix afin d’entrer dans le salut obtenu. Bien des sages ou des prophètes à la manière humaine ont appelé des disciples en leur indiquant une voie d’excellence. Mais aucun n’a eu cette idée de se déclarer le chemin unique et nécessaire de la vie pour tous les hommes de la Terre.

Comprenez bien, chers amis, chacune de ces prétentions de Jésus est énorme, au-delà de ce qui peut monter à l’imagination humaine. Bien sûr, nous pouvons dire des énormités. Mais ces énormités ne sont, en fait, que des enfantillages. Celui d’entre nous qui a la folie de se penser tout-puissant ou universel est simplement comme un bébé : ce n’est, en somme, qu’une toute petite énormité qu’il rumine. Tandis que les prétentions de Jésus, ça c’est de la folie aux yeux des hommes !

Chacune d’elles est comme une énorme pierre élevée au-dessus de nos têtes qui menace de nous écraser. Mais, en réalité, elles se tiennent et s’appuient bel et bien entre elles. En effet, si vraiment Jésus est le Fils de Dieu, pourquoi sa mort sur la croix ne pourrait-elle pas sauver tous les hommes ? Et si vous êtes vraiment sauvé par le Christ, pourquoi ne seriez-vous pas rendu capable de le suivre sur son chemin inouï ?

Notre époque moderne a décidé d’importance que les dogmes n’étaient que des interdictions de penser et de réfléchir, des entraves brutales à la raison et à la liberté. En fait, les dogmes sont des paroles de vérité qui s’associent à la perfection : chacune est comme une pierre nette et bien taillée, pure et pleine comme un cristal, et toutes ensemble elles forment une voûte merveilleuse, un ciel enfin à notre raison qui l’avait perdu.

Et tout homme qui accueille ces paroles transmises par l’Église devient "fils de Dieu par la foi", comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture, et se trouve ainsi uni par le baptême au Christ et à tous les autres croyants. Chacun devient une pierre vivante, nette et bien taillée par le pardon des péchés, qui s’associe parfaitement à toutes les autres dans la charité fraternelle. Ensemble, ces pierres forment une voûte de paix, un ciel, enfin, à notre monde qui l’avait perdu.

Bien sûr, si l’une de ces pierres était creuse, tout s’écroulerait. Et, hélas, notre époque ne manque pas de fabriquer de fausses pierres pour les substituer aux vraies. Par exemple, voilà ce qu’on entend dire à la place des trois grandes revendications du Christ : Jésus est Fils de Dieu, cela signifie simplement que c’est un homme remarquable que Dieu aime bien ; il a souffert sur la croix, mais, puisqu’il est ressuscité (ce qui est vrai !), il ne faut plus y penser (ce qui est tout à fait creux !) ; Jésus prêche un idéal inaccessible qu’il ne faut pas prendre comme un véritable objectif à atteindre. Remplacez dans la voûte de la vraie foi une affirmation correcte par une de ces idées creuses, et tout s’effondre.

Et si quelqu’un porte en lui, au lieu de la vraie foi catholique révélée par Dieu, une petite mouture à la façon des hommes lents à croire, il devient une pierre creuse de l’édifice ecclésial. Et s’il prend place ainsi dans la voûte, il la fera bientôt écrouler. C’est pourquoi, celui qui ne professe pas la foi de l’Église, qu’il ne prenne pas place parmi les croyants.

Attendez, ne partez pas ! Ne désespérez pas trop vite de vous-mêmes et de votre foi : la foi n’est-elle pas un miracle, le don merveilleux de Dieu fait aux hommes de peu de foi ? Il suffit de l’accueillir avec confiance et humilité, et c’est ainsi seulement qu’on la reçoit. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils...

En effet, frères, il est une parole de vérité, une pierre de cristal pur, qui tient à toutes les autres et à laquelle toutes tiennent : c’est "Dieu est amour". Ce Dieu qui est Père, Fils et Esprit Saint est amour, éternellement. Le sacrifice du Fils sur la croix est le don de l’amour, parfaitement. Et le chemin à sa suite, offert à tout homme est l’aventure d’un amour qu’il nous est donné de découvrir, c’est le bonheur d’aimer et d’être aimé dans une connaissance de l’autre progressive et toujours plus merveilleuse, jusqu’au jour où l’amour sera tout en tous.

Non, frères, l’amour ne tombera jamais : il tient là-haut pour toujours.