Dimanche 11 juillet 2004 - Quinzième Dimanche

Qu’est-ce qui vous intéresse ?

Deutéronome 30,10-14 - Colossiens 1,15-20 - Luc 10,25
dimanche 11 juillet 2004.
 

Qu’est-ce qui vous intéresse ?

Quand quelqu’un tourne autour d’une maison ou d’un magasin, on peut se demander ce qui l’y attire : un objet, une ambiance, une personne en particulier peut-être.

Qu’est-ce qui intéresse le docteur de la Loi qui tourne autour de Jésus pour l’interroger : cherche-t-il vraiment une réponse à sa question, veut-il seulement savoir ce qu’en pense Jésus, a-t-il réellement le désir de la vie éternelle ? Rien n’est moins sûr, puisqu’il nous est dit au début qu’il est là "pour mettre Jésus à l’épreuve", c’est-à-dire pour le prendre au piège.

Et vous qui m’entendez, vous à qui je m’adresse, qu’est-ce qui vous intéresse ? Est-ce vraiment la parole de Dieu ? Avez-vous bien écouté en particulier l’évangile ? Avez-vous remarqué le retournement opéré par Jésus en réponse à la question du légiste ? L’homme demande : "Et qui est mon prochain ?" parce qu’il "veut se justifier". Autrement dit, il s’agit pour lui de satisfaire à des exigences légales précises, de manière à pouvoir revendiquer sa propre justice.

Nous sommes comme lui lorsque nous protestons de notre bonne charité en invoquant nos bienfaits aux malheureux et nos dons aux œuvres : nous entendons avoir ainsi prouvé notre amour pour notre pauvre prochain. Or, c’est la moindre des choses que nous l’ayons fait.

Jésus appelle son interlocuteur à aimer celui qui s’est montré son prochain en lui faisant du bien, comme l’homme tombé aux mains des bandits doit aimer le Samaritain qui a fait preuve de bonté envers lui. En somme, à l’homme qui se met lui-même spontanément en position de bienfaiteur, Jésus répond qu’il doit d’abord, au contraire, se reconnaître en position de malheureux à qui l’on est venu en aide.

Et qui donc est venu en aide au docteur de la Loi ? Eh bien Jésus lui-même, évidemment, comme le montre la parabole. Un homme tombé aux mains des bandits, dépouillé de ses vêtements, battu et tué, cela ne vous rappelle rien ? Et l’étranger qui s’approche du malheureux à moitié mort pour le soigner et le relever en le prenant lui-même en charge, cela ne vous rappelle rien ? Comprenez : l’homme agressé aussi bien que le Samaritain, c’est Jésus, lui qui, à l’instant même et au lieu même où il était supplicié entre les bandits, venait ainsi au secours de tous les hommes, ses frères, tombés au pouvoir du mauvais.

Le drame du légiste est qu’il ne s’intéresse qu’à lui-même, jusque dans sa prétention à aimer. En fait, aimer, c’est s’intéresser à la vie de l’autre comme à la sienne propre. Le malheur de l’homme est la division : en chacun et entre les personnes, et d’abord entre l’homme et Dieu. Voilà pourquoi l’homme peine à aimer son prochain, et voilà pourquoi, d’abord, il ne peut pas aimer Dieu. Comment le pourrait-il ? Il ne le connaît pas, et il le soupçonne d’être la cause de tous ses malheurs, puisqu’il est tout-puissant !

Nous ne pouvons absolument pas aimer Dieu autrement qu’en entrant dans la connaissance du mystère du Christ, le Fils de Dieu qui sauve la vie des hommes en offrant la sienne en sacrifice. Et nous ne pouvons pas entrer dans l’amour plénier et véritable pour toutes les créatures autrement qu’en entrant dans l’amour de Dieu pour elles. Intéressons-nous d’abord au mystère de Jésus et tout le reste nous sera donné en lui, la charité par-dessus tout. Car Dieu s’intéresse passionnément à chacun de nous, et à chaque petite chose à cause de nous pour qui il a tout fait, et à tout puisqu’il a tout fait bon. Faisons comme Dieu et nous aurons sa vie.

Notre vie, voilà ce qui intéresse Dieu. Car il est lui-même le Vivant et l’auteur de toute vie, et il n’est qu’amour pour toutes ses créatures. Demandons-lui de rendre grâce chaque jour pour la vie qu’il nous donne, et de nous intéresser à la vie de tous ceux que nous rencontrons : c’est ainsi nous commençons dès maintenant à vivre de la vie éternelle.