Dimanche 19 septembre 2004 - Vingt-cinquième Dimanche

Il paraît que vous aimez dépenser.

Amos 8,4-7 - 1 Timothée 2,1-8 - Luc 16,1-13
dimanche 19 septembre 2004.
 

Il paraît que vous aimez dépenser.

Je ne dis pas gaspiller, jeter l’argent par les fenêtres, mais acheter toutes sortes de choses. Vous êtes contentes de pouvoir vous livrer à cette activité.

J’ai dit "contentes" ? C’est bien possible. Ne s’agit-il pas d’un trait plutôt féminin ? Même si cela n’empêche pas que telle femme ou tel homme puisse en être plus ou moins marqué.

D’ailleurs, justement, le maître de la parabole en est un bon exemple. Cet homme riche a déjà beaucoup dépensé puisque ses débiteurs lui doivent notamment d’énormes quantités d’huile et de blé : cent barils ou cent sacs sont des volumes qui relèvent du gros négociant plutôt que de la consommation d’un ménage. Eh bien qu’à cela ne tienne, quand le gérant remet ces dettes en grande partie, le maître est content : il le félicite pour sa bonne gestion.

C’est donc qu’il estime avantageuses ces "dépenses" supplémentaires qui ont pour effet d’alléger la vie de ses débiteurs et de créer des liens entre eux et son intendant. Pourquoi pas ? Après tout, un père fortuné n’aime-t-il pas ainsi dépenser ses biens en faveur de ses enfants pourvu qu’ils en profitent, et surtout si cela les attache les uns aux autres ?

Ce qui nous gêne, cependant, ce sont ces félicitations adressées à un employé malhonnête. Sommes-nous sûrs qu’il le soit ? Vous avez entendu : « Ce gérant trompeur, le maître fit son éloge ». Mais, en grec, l’expression est littéralement : "ce gérant de l’injustice". De même, "l’Argent trompeur" est en fait "la Richesse d’injustice". Tous les biens du monde ne sont-ils pas en effet répartis avec beaucoup d’injustice ?

Alors, que faut-il faire ? Tout casser ? C’est malin. Le Dieu tout-puissant lui-même, de qui vient tout bien et à qui s’oppose l’Ennemi qui sème l’injustice au cœur de ses bienfaits, juge bon de patienter et d’accomplir le salut en douceur. C’est de lui que parle la parabole sous la figure de l’homme riche qui se plaît à dépenser sans compter pour donner la vie et les moyens de la vie à tous, en espérant seulement qu’ils les partagent entre eux.

Certes, il faut d’abord refuser d’ajouter l’injustice à l’injustice et chercher au contraire à l’atténuer autant qu’il dépend de nous. Au lieu de vouloir amasser des fortunes toujours plus énormes, nous devons faire servir tout bien à la vie des hommes et à leur entente mutuelle. Et malheur à ceux qui pressurent les pauvres pour s’enrichir : ils provoquent la colère de Dieu !

Si nous, chrétiens, nous n’avons pas d’abord ce bon sens commun au sujet des biens de ce monde, comment pourrions-nous prétendre gérer fidèlement les biens du Royaume éternel qui nous sont confiés ?

Nous portons le nom de ce Christ Jésus qui s’est dépensé tout entier, se dépouillant de lui-même jusqu’à la croix pour nous donner en nourriture son propre corps et son sang versé en rançon pour le rachat des pécheurs, miséricorde qui surpasse infiniment toute remise des dettes en ce monde.

D’ailleurs, les pharisiens et les docteurs n’ont pas manqué, au cours de sa vie publique, de dénoncer sa façon de traiter le Temple, et la Loi, et les pécheurs, comme désordonnée. Il a même été condamné et exécuté pour cela, en sorte que le temps lui fut compté pour annoncer le salut qu’il venait inaugurer. Mais Dieu a fait justice en le ressuscitant des morts.

Il apparaît en Jésus Christ que Dieu aime se dépenser pour notre vie éternelle : soyons les témoins fidèles, dans l’action de grâce, de cette folie bienheureuse.