Dimanche 26 septembre 2004 - Vingt-sixième Dimanche

Je cherche un visage à travers mille portraits

Amos 6,1.4-7 - 1 Timothée 6,11-16 - Luc 16,19-31
dimanche 26 septembre 2004.
 

Je cherche un visage à travers mille portraits.

Le regard qui aime ne se lasse pas de trouver en chaque nouvelle expression la même personne aimée. Et les couples attendris se prennent en photo, il n’en ont jamais trop : clic, clic, devant la basilique. Ensuite, sur la place, ils se font dessiner, parfois même caricaturer. "Caricature", de "caricare", charger : les traits sont si exagérés qu’ils en deviennent ridicules. Drôle d’idée pour des gens qui s’aiment. C’est laid et méchant, une caricature, non ? Pas forcément ; cela peut être gentiment taquin. Et tout dépend de la façon dont on regarde.

Par exemple, l’homme riche de la parabole : quelle caricature ! Il fait un festin chaque jour. Vous imaginez la semaine des 7 samedis soirs, avec un mariage par jour, toute l’année ? Malheur ! Personne n’y résisterait. Et avec tout ça, le pauvre à la porte ne pourrait en ramasser une miette ? Mais il doit habiter un camp retranché, l’homme, et faire sortir ses poubelles en fourgon blindé !

Vraiment, le trait est chargé. Nous pourrions nous dire que nous ne sommes pas en cause ici, parce que c’est trop gros. Et pourtant cette parabole nous culpabilise. Elle nous renvoie à la façon dont nous sommes l’homme riche avec un Lazare à sa porte. Comment y échapper. Il y a tant d’injustice dans notre monde, et nul n’a les mains pures !

Pourtant, l’homme de la parabole, lui, ne semble éprouver aucun trouble de conscience. Quand, mort et en proie à la torture, il aperçoit Lazare, il ne pense qu’à lui demander à boire. Ou plutôt, il s’adresse, bien poliment, à l’autorité, c’est-à-dire à Abraham. Il lui explique même ce qu’il faut faire pour sauver ses frères. Vraiment, cet homme manifeste une bonne conscience à l’épreuve des flammes. Il a une conscience de juste d’enfer.

Et Dieu dans tout ça ? C’est comme s’il n’existait pas pour lui. Pourtant, son nom est là, dans celui de Lazare qui signifie : "Dieu aide". Quelle dérision, si l’on y pense, de porter ce nom quand on est un misérable à la porte du riche, et privé de toute aide et de tout secours. Mais surtout, quelle dérision de se dire fils d’Abraham, l’ami de Dieu, et d’ignorer superbement la détresse des pauvres et l’injustice du monde !

Jésus parle ici aux pharisiens qui se moquent de lui : il leur tend cette parabole comme un portrait, une caricature de leur attitude. Nous pourrions y voir une parole de condamnation d’autant plus terrible et définitive que la conclusion est sans appel : « quelqu’un pourra bien ressusciter des morts, ils ne seront pas convaincus ». N’est-ce pas un jugement excessif, voire méchant ?

Allons, croyez-vous que Dieu ne porte pas un regard d’amour même sur ces hommes qui font blasphémer son nom ; surtout sur eux qui sont peut-être les plus perdus de tous ? la parole qu’il leur adresse est un appel ardent à la conversion, dont la force est à la mesure de la résistance qu’il faut vaincre. Car rien ne peut confondre celui qui se croit juste, sinon, le sacrifice inouï de Jésus.

Le visage que Dieu nous tend maintenant à tous est celui de son Fils donnant sa vie sur la croix pour nous, pour nous arracher aux mains de l’Ennemi qui avait fermé notre cœur à Dieu comme à notre prochain. Seul ce visage peut nous convertir vraiment, et nous donner accès à une religion qui ne se pervertisse pas en caricature.

Oui, Simone, aujourd’hui le Père tout-puissant porte sur toi un regard d’amour et de pardon, il te baptise dans la mort de son Fils pour que tu vives de sa vie de ressuscité et de l’Esprit Saint.

Car c’est le regard qu’il porte sur tous les hommes, que le péché avait défigurés, fussent-ils des milliards et des milliards encore : en chacun d’eux il voit le visage de son Fils blessé injustement et, avec tendresse et compassion, il le prend dans ses mains pour le recréer dans l’amour.

Les hommes qui peinent cherchent le visage d’amour de Dieu, Simone ; qu’ils le trouvent désormais en toi comme en chaque chrétien.