Dimanche 3 octobre 2004 - Vingt-septième Dimanche

Exercices d’assouplissement, de musculation, d’étirement, de relaxation...

Habacuc 1,2-3.2,2-4 - 2 Timothée 1,6-8.13-14 - Luc 17,5-10
dimanche 3 octobre 2004.
 

Exercices d’assouplissement, de musculation, d’étirement, de relaxation...

J’en vois qui, à cette seule idée, ont déjà mal partout. Il est certain que, surtout quand on n’a pas l’habitude, cela peut être violent. Mais quel artiste ou quel athlète, pour bien jouer ou bien concourir n’exerce pas ainsi régulièrement son corps ?

Et le corps mystique, alors, celui que nous formons ensemble dans le Christ pour devenir athlète de Dieu et artisan du salut dans l’Esprit Saint ?

Le bout d’évangile d’aujourd’hui aurait pu commencer un peu plus haut : nous aurions ainsi entendu à la suite quatre paroles de Jésus qui, en quelque sorte, nous prescrivent de l’exercice spirituel. Rappelons donc les deux premières.

D’abord, la parole sur les scandales : c’est inévitable qu’il en arrive, dit le Seigneur comme s’il fallait en prendre son parti. Mais aussitôt il ajoute : malheur à celui par qui il arrive, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui attache une pierre de meule au cou et qu’on le jette à la mer !

Ensuite la parole sur le pardon : si ton frère a commis une faute contre toi, fais-lui de vifs reproches, et s’il se repent, pardonne-lui. Et s’il recommence sept fois par jour, tu lui pardonneras. Qui peut écouter cela sérieusement sans frémir ?

Viennent alors les deux paroles que nous avons entendues : sur la foi, et pour le coup c’est un arbre qui se jette lui-même dans la mer ; puis sur le serviteur (ou plutôt l’esclave) qualifié non pas de quelconque mais littéralement d’inutile, de bon à rien ! Décidément, tout cela est assez stupéfiant.

Assouplissement. Ne pas hurler avec le premier documentaire venu sur les méchants présumés d’un fait-divers quelconque dont on ne sait pratiquement rien. Garder son sang-froid, la prudence et la retenue dans le jugement, la mesure dans l’indignation. Mais avoir réellement en horreur le mal pour soi-même. Telle est la souplesse qui sied à la force, au lieu de la veulerie commune facile à manipuler par les médias et les escrocs.

Musculation. Savoir reprocher à autrui ce qu’il a fait de mal, avec la mesure et le sang-froid déjà évoqués, et lui pardonner autant de fois qu’il le demandera. À force de répétition, cela deviendra plus aisé et de meilleur cœur.

Étirement. Déjà assez perturbés par les deux premières paroles, les Apôtres demandent un surcroît de foi, comme on voudrait une plus grosse cylindrée pour avaler de plus fortes pentes. Mais ils se font rétorquer en somme que, de la foi, ils n’en ont pas du tout ! En effet, il y a la foi "objective", la doctrine qui se complète et s’augmente de développements nécessaires ou utiles. Mais la foi "subjective" n’est pas une quantité variable : elle est cette adhésion de toute la personne qui se confie au Christ comme on se jette à l’eau. Elle est cet étirement extrême de l’être qui s’arrache à lui-même pour se porter tout entier en un autre. Elle nous fait crier : « Seigneur, prends pitié », et c’est comme si le Christ accomplissait aussitôt à notre demande son sacrifice rédempteur.

Jésus lui-même, en effet, par le sacrifice de la croix, est l’arbre de vie qui s’est planté dans l’océan de nos misères et de nos péchés. Parce qu’il s’est dépouillé de lui-même, Dieu l’a ressuscité. C’est pourquoi la foi en lui nous déracine de nos anciennes origines et nous transporte en son lieu de sacrifice d’où nous pouvons appeler à la même foi que nous tous ceux qui cherchent la vie. Telle est la vocation propre des Apôtres. Mais c’est toute l’Église qui doit ainsi s’étirer de la terre aux cieux où le Christ est assis à la droite de Dieu.

Relaxation. La parole de Jésus est claire : celui qui a accompli toute sa tâche ne sert plus à rien. S’il nous arrive de ne pas recevoir la reconnaissance méritée pour ce que nous avons fait de bien, profitons-en pour détendre notre attachement à la gloire qui vient des hommes et qui ne peut que se faner. Nous serons plus libres pour accomplir la volonté de Dieu, et notre bonheur sera de l’avoir accomplie, en attendant le jour où se révélera le trésor qui nous est réservé dans les cieux pour l’éternité.

En somme, frères et sœurs, il s’agit d’exercer les vertus théologales de foi, d’espérance et de charité qui nous ont été données dans les eaux de notre baptême. Et si nous sommes un peu rouillés et empâtés par manque d’exercice, forcément cela nous fera un peu mal de nous y remettre. Mais rapidement nous en sentirons les immenses bienfaits.